Bukowski marie sa fille en 1989
28 09 2008 Commentaires : Pas de Commentaires »Catégories : Littérature
Présentation de l’éditeur :
Avec Au sud de nulle part, des "Contes souterrains" publiés en 1973, Buko replonge à corps perdu dans sa folie ordinaire. Ou, plutôt, il mêle ses délires à ceux d’autres types, restituant ce qu’il a connu, vu, pigé, enregistré, et qu’il recrache aujourd’hui, comme des morceaux de bidoche hachée gros, presque saignante. Un type amoureux d’un mannequin en celluloïd, un autre qui gagne sa vie en patins à roulettes et finit en Christ, un écrivain alcoolique qui, la gloire venue, oublie ses amis… Voilà, en quelques bribes, l’univers d’Au sud de nulle part sous-titré Contes souterrains, où l’on retrouve Chinaski, qui peut passer pour le double de l’auteur, en train de taper sur Hemingway…
Recueil de 27 nouvelles sans lien entre elles. Bukowski aborde ses sujets de prédilection ; l’alcool, les femmes, les poivrots, les courses de chevaux, l’amour, les vies minables, les petites gens et les laissés-pour-compte, mais toujours avec une certaine tendresse, une certaine poésie, tout en se moquant de l’Amérique puritaine, dans un style simple et vivant. J’aime bien relire du Bukowski entre deux romans quand je ne sais pas quoi me mettre sous la dent ; c’est un anti-blues imparable. Ici, les nouvelles sont souvent drôles, comme dans la nouvelle hilarante Tous les trous du cul de la terre et le mien (où Bukowski se fait opérer de ses hémorroïdes chroniques à cause de son alcoolisme), ou nostalgiques comme dans Tap tap contre le rideau, ou tendres comme Confessions d’un homme assez fou pour vivre avec des bêtes, ou bizarres comme L’amour pour $17,50, ou trash comme Maja Thurup. Comme Thom, c’est un recueil que j’ai grandement apprécié en le relisant.
« Nos parents se foutaient des écorchures, du sang et des bleus ; le péché capital et impardonnable, c’était de faire un trou dans un genou de notre pantalon. Chaque garçon possédait en tout et pour tout deux paires de pantalons : son pantalon de tous les jours et son pantalon du dimanche ; il était hors de question de faire un trou aux genoux d’une de tes deux paires de pantalons, parce que cela prouvait ton dénuement et ta connerie, ainsi que le dénuement et la connerie de tes parents. »
Editions LGF / Livre de Poche - 220 pages
« Pourquoi ils se gêneraient les Anglais ? Ils auraient bien tort ! Les Français ils sont tout consentants, ils sont enthousiastes d’être battus, écrabouillés, dépecés vifs… Ça leur fait plaisir… Dakar… Dunkerque… Libreville… Mers-el-Kebir… Fouilly-les-Oies !… Ils peuvent bien prendre tout ce qu’ils veulent ! Vivent les Grandes Banques ! Et vive le Roi ! Les Antilles !… les Indes !… Mendoza !… Pays femelle vénère raclée… l’amour bien cruel… couler toute la flotte française !… On leur fait cadeau !… les Canaries… la Pucelle… Terre-Neuve… Canada !… Ils veulent pas de la Corse ?… Mais voyons !… Ça n’a vraiment pas d’importance !… Pas de géographie !… de la jouissance !… Napoléon ! Fachoda !…
Il suffit que ça leur fasse plaisir ! On se trouve vengés dans notre honneur ! Vive la Reine ! Vive Madame Simpson ! abolir nos cathédrales !… Vive Dieu l’Anglais !… Nous envoyer les choléras, le bouton d’Alep, la fièvre aphteuse, le chancre mou ! Ça nous vengera bien notre honneur !… pourvu que ça emmerde les Allemands !… On souffrira tout ! Ah ! on reluira tant et plus !… C’est du dépit féminin, ça se raisonne plus !… C’est érotique… Si ils voulaient nous bombarder ! c’est ça qui nous ferait bien jouir. Oh ! l’extase alors ! cette transe ! On serait tout heureux comme à Londres !… On irait faire nos queues en cave… C’est ça qui nous vengerait l’Honneur !… Et si ils nous mettait les gaz ?… Du coup alors on se tiendrait plus ! Quelles folles délices ! Quelle jubilation jusqu’aux anges ! C’est là vraiment qu’ils nous aimeraient !… C’est ça qu’emmerderait les Allemands !… On leur ferait des trous dans leurs masques… Ils sauraient pas ce qui leur arrive !… Oh, alors ! alors ça pardon !
Ça serait pas la moitié d’un sport !…
On rigolerait de jour et nuit !…
On serait morts pour la Chambre des Lords de rire sous les gaz hilarants !…
C’est autre chose que des Colonies. »
Louis-Ferdinand Céline, Les Beaux Draps, 1941.
Présentation de l’éditeur :
"Elle courut vers le coffre-fort, tourna la clef dans la serrure et tira la lourde porte bordée de cuivre… Elle regarda à l’intérieur, poussa un soupir de soulagement : il y avait juste assez de place, juste assez… - Cache-toi là, vite ! Je vais les éloigner… Mais dépêche-toi donc, voyons ! Il obéit sans se presser, sans doute par souci du style, tenant toujours la rose dans une main et le pistolet dans l’autre. Elle saisit la sacoche avec les bijoux et la jeta à ses pieds… Elle lui fit un petit signe de la main, referma doucement la porte et tourna trois fois la clef dans la serrure.", quatrième de couverture actuelle.
"J’ai toujours été fasciné par un certain terrorisme de l’humour anglais, cette arme froide qui rate rarement son but. On rencontre souvent dans l’aristocratie britannique une sorte de tolérance universelle non dépourvue d’arrogance et que seuls peuvent se permettre des gens que rien ne saurait menacer. Dans Lady L., je me suis efforcé d’explorer ce thème et de faire en même temps le portrait d’une très grande dame qui a bien voulu me faire quelques confidences. Je me suis permis également de me peindre moi-même sous les traits de son compagnon et souffre-douleur, le Poète-Lauréat, Sir Percy Rodiner. Et comme les idéalistes m’ont toujours paru être, au fond, des aristocrates ayant une très haute et noble conception de l’humanité, cette autre très grande dame, l’histoire d’Armand Denis et de son extraordinaire amour ne pouvait manquer de m’intéresser. J’ai essayé de la raconter en respectant dans la mesure du possible la vérité historique. A ceux qui seraient un peu choqué par la façon dont finit mon récit, je dirai d’abord que je n’ai rien inventé et ensuite que le terrorisme passionnel a toujours été jugé chez nous avec indulgence. Humanité, humanité, que de crimes on commet en ton nom !" Romain Gary, quatrième de couverture de l’époque.
C’est un livre humoristique, irrévérencieux, plein de malice et de cynisme où Gary joue encore une fois avec la double personnalité (Lady L.), la recherche de l’identité et des références à une « Histoire » inventée de toute pièce. Il se moque ici du milieu aristocratique et du milieu révolutionnaire avec son humour si particulier. Mais pour moi, la sauce ne prend pas tout à fait ; Gary fait trop du Gary. Ou alors, ai-je trop lu de ses romans ?! Ce n’est pas pour autant un mauvais livre, mais il fait trop "pilotage automatique".
«[…] Les jeunes gens la regardaient avec admiration : ils sentaient qu’elle avait été une femme. C’était assez pénible, mais il fallait savoir être et avoir été. […]» p.12
«[…] elle [Lady L.] savait fort bien que dans la vie comme dans l’art le style n’est qu’un suprême refuge de ceux qui n’ont plus rien à offrir et que sa beauté pouvait encore inspirer un peintre, mais plus un amant. […]» p.14
«[…] le temps ne vous fait pas vieillir, mais vous impose ses déguisements.» p.19
« Gouverner était un métier d’intendant et il était normal qu’un peuple choisît ses domestiques, c’était après tout cela, la démocratie. » p.23
« Les enfants se font particulièrement insupportables lorsqu’ils deviennent des grandes personnes, ils vous assomment avec leurs « problèmes » : impôts, politique, argent. » p.23-24
« Lady L. n’avait jamais cru que la démocratie fût autre chose qu’une façon de s’habiller […].» p.28
«[…] Il suffit d’un tour dans nos musées pour voir jusqu’où l’artiste peut s’élever dans le mensonge et la complicité : ces merveilleuses natures mortes, ces beaux fruits, huîtres, viandes de choix, gibier, sont une insulte à tous ceux qui crèvent de faim à deux cents mètres du Louvre. Il n’existe pas un opéra où le peuple puisse trouver l’écho de sa misère, de ses aspirations. Nos poètes parlent de l’âme ; le pain ne les inspire pas. L’Eglise est menacée, alors, tout doucement, on prépare les musées pour assurer la relève de ces fumeries d’opium… » p.78
«[…] elle [Lady L.] s’efforçait de ne pas trop penser : elle savait déjà que le bonheur était fait d’oubli. D’ailleurs, l’avenir, c’était bon pour les hommes. Elle avait découvert un trésor nouveau, très féminin, insoupçonné : le présent. » p.100
«[…] Ce qui signifie, je suppose, que vous êtes tombée amoureuse, et aussi que vous êtes mal tombée. On ne tombe jamais bien lorsqu’on tombe amoureux. » p.137
«[…] Vous avez un talent qui se fait de plus en plus rare : celui de la joie de vivre. Il faut cultiver ce don : je ne demande qu’à vous aider. » p.149
«[…] Elle s’aperçut aussi qu’il parlait de l’humanité comme si c’était une femme et elle se mit à détester cette rivale sans visage, secrète, mystérieuse, tyrannique que les hommes ne parviennent jamais à satisfaire et dont le plus grand plaisir semble être de les pousser à leur perte. » p.164
Editions Gallimard / Folio - 250 pages
Présentation de l’éditeur :
En juin 1940, des centaines de milliers de vaincus s’acheminent vers les stalags sous les coups et les cris du vainqueur. Georges Hyvernaud, instituteur charentais, marche dans ce troupeau en guenilles, hébété de faim, de fatigue et de honte. Au bout du voyage, cinq ans de nuit et de boue. Dix-huit cents jours d’humiliation, de promiscuité répugnante, de pestilence et d’abjection. Le prisonnier de guerre est cet homme nu, privé d’identité, d’espoir et de rêves. "La peau et les os" est un témoignage impassible sur le cauchemar, le vide, la mort. Ce livre terrible, chef-d’oeuvre longtemps oublié, est aussi un acte magnifique d’exorcisme et de libération… L’oeuvre discrète de Georges Hyvernaud
Georges Hyvernaud est né en 1902 en Charente, professeur dans les écoles normales d’instituteurs, il fut mobilisé en 1939, capturé et prisonnier en Allemagne. La peau et les os (publié en 1949) est le témoignage de ces années. La parution à partir de 1985 de ses Oeuvres complètes a fait sortir de l’oubli cet écrivain que Raymond Guérin et Etiemble ont défendu. Georges Hyvernaud est mort le 24 mars 1983.
Un chef-d’œuvre tout simplement. Un livre coup de poing. Un style avant-gardiste pour l’époque ; phrase courte, droit au but, mot juste, sans fioriture. Un auteur méconnu ; intolérable ! Devrait être étudié à l’école.
«[…] on s’imaginait qu’on avait une âme, ou quelque chose d’approchant. On en était fier. Ça nous permettait de regarder de haut les singes et les laitues. On n’a pas d’âme. On n’a que des tripes. On s’emplit tant bien que mal, et puis on va se vider. C’est toute notre existence. On parlait de sa dignité. On se figurait qu’on était à part, qu’on était soi. Mais maintenant on est les autres. […]» p.48-49
« Et moi, je ne suis qu’un pauvre type qui écrit pour tuer le temps. Et il a la vie dure, le salaud. » p.52
« De la belle pauvreté vraiment, bien authentique, bien grasse, bien pourrie d’alcool et de vérole. De la pauvreté pour connaisseurs. J’allais épier et renifler tout cela. » p.61
« La pauvreté, ce n’est pas la privation. La pauvreté, c’est de n’être jamais seul. » p.62
« Quand on est pauvre, il ne faut pas être difficile. L’orgueil, la dignité, c’est un luxe de gens heureux. » p.68
« On avait le football du dimanche, les femmes, le fric, le cinéma. Epatant, le cinéma, comme narcotique. Le cinéma, le grand bazar de l’hébétude, la chaude boutique du rêve tout fait, tout cuit, démocratique et standard. Il n’y avait qu’à s’asseoir, à être là, à ouvrir les yeux. A être un homme de la foule, consentant, passif, soumis à la frénésie mécanique des images, livré aux spectres, sans passé et sans avenir. » p.94
« Les morts ne sont ni heureux ni malheureux : ils sont morts. On leur a volé leur montre et leurs bottes, et ils pourrissent au fond d’un fossé. Cette réalité de la guerre et de la mort a de quoi guérir d’un certain lyrisme martial. » p.133
Editions Pocket / Best - 157 pages
on nous demande tout le temps
de comprendre le point de vue
des autres
aussi
dépassé
idiot ou
détestable soit-il.
on nous demande
de considérer
leurs erreurs
leurs vies gâchées
avec gentillesse,
surtout s’ils sont
âgés.
mais l’âge est la somme de
nos actions.
ils ont mal
vieilli
parce qu’ils ont
vécu
dans le flou,
ont refusé de
voir.
pas leur faute ?
la faute à qui ?
à moi ?
on me demande de leur
taire
mon point de vue
par peur de leur
peur.
l’âge n’est pas un crime
mais le scandale
d’une vie
délibérément
gâchée
parmi tant
de vies
délibérément
gâchées
l’est.
Charles Bukowski, Avec les damnés (Run With The Hunted, 1969~1993) ©Editions Grasset pour la traduction française.
Présentation de l’éditeur :
"Je suis l’auteur de la "gueule" et du "cucul" - c’est sous le signe de ces deux puissants mythes que j’ai fait mon entrée dans la littérature polonaise. Mais que signifie "faire une gueule" à quelqu’un ou "encuculer" quelqu’un ; "Faire une gueule" à un homme, c’est l’affubler d’un autre visage que le sien, le déformer… Et "l’encuculement" est un procédé similaire, à cette différence près qu’il consiste à traiter un adulte comme un enfant, à l’infantiliser. Comme vous le voyez, ces deux métaphores sont relatives à l’acte de déformation que commet un homme sur un autre. Et si j’occupe dans la littérature une place à part, c’est sans doute essentiellement parce que j’ai mis en évidence l’extraordinaire importance de la forme dans la vie tant sociale que personnelle de l’être humain. "L’homme crée l’homme" - tel était mon point de départ en psychologie." C’est l’histoire grotesque d’un monsieur qui devient un enfant parce que les autres le traitent comme tel. Ferdydurke voudrait démasquer la Grande Immaturité de l’humanité. L’homme, tel que le livre le décrit, est un être opaque et neutre qui doit s’exprimer à travers certains comportements et par conséquent devient, à l’extérieur - pour les autres -, beaucoup plus défini et précis qu’il ne l’est dans son intimité. D’où une disproportion tragique entre son immaturité secrète et le masque qu’il met pour frayer avec autrui. Il ne lui reste qu’à s’adapter intérieurement à ce masque, comme s’il était réellement celui qu’il paraît être.
Même si le fond est intéressant, la forme - un peu trop fantaisiste et absurde - rend le propos abscons, hermétique. Malgré un texte souvent ironique, je n’ai pas accroché à ce livre ; j’ai abandonné à la moitié, ce qui est déjà pas mal.
«[…] L’homme dépend très étroitement de son reflet dans l’âme d’autrui, cette âme fût-elle celle d’un crétin.» p.13
«[…] Il n’y a rien de tel que l’école pour inculquer le respect des plus grands génies.» p.68
«[…] «La réaction ! Le bolchevisme ! Le fascisme ! La jeunesse catholique ! Les anciens combattants ! La vraie Pologne ! La jeune garde ! Les corps francs ! Honneur et Patrie ! Haut les cœurs !» On échangeait des mots de plus en plus compliqués. Il apparut que chaque parti politique avait farci les têtes avec un type de garçon particulier. De plus, chaque théoricien les bourrait de ses propres goûts et idéaux, alors qu’elles étaient déjà bourrées de films, de journaux et de romans populaires.» p.74
Editions Gallimard / Folio - 400 pages
Présentation de l’éditeur :
"Dans sa vie comme dans son œuvre, c’est le même besoin effréné d’amour que l’on trouve, la même obsession de cette musique à travers laquelle les êtres croient se réconcilier avec eux-mêmes. Et l’on est frappé surtout par la recherche tenace de contacts humains, réduits aux rencontres de hasard dans les petits bars où l’alcool réchauffe le corps et l’âme, efface la douleur du monde et rend Dieu superflu…
Bref soulagement puisque la solitude revient. Cette solitude que Carson McCullers et chacune de ses créatures cherchent à fuir mais qu’elles finissent toutes par choisir, comme un privilège ou un moindre mal. Car, on le sait, il y aura toujours de la solitude pour ceux qui en sont dignes."
Recueil de nouvelles qui vaut surtout pour "La ballade du café triste" (microcosme humain dans une Amérique profonde) et "Un problème familial". Je n’ai pas accroché plus que ça. Même si Carson McCullers sait très vite poser un décor et des personnages, son écriture n’est peut être pas adaptée à la nouvelle (forme trop courte par rapport au roman). Dans "Le coeur est un chasseur solitaire", on prenait le temps de "rentrer" dans les personnages, dans l’histoire, dans l’interaction entre les personnages, de s’identifier. Dans la nouvelle, on y rentre très vite et à peine commence-t-on à s’intéresser aux personnages que tout est déjà fini.
«[…] Plutôt que d’affronter la terreur de vivre seul, il vaut mieux accueillir chez vous votre plus mortel ennemi.» p.92
Editions LGF / Livre de Poche - 188 pages
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