Affamé et hargneux…

7 02 2010

Varlam Chalamov

«[…] Affamé et hargneux, je savais que rien au monde ne pourrait me contraindre au suicide. C’est précisément à cette époque que j’avais commencé à comprendre l’essence du grand instinct vital dont l’homme est doté au plus haut point. Je voyais les chevaux s’épuiser peu à peu et mourir : je ne pourrais m’exprimer autrement ni employer d’autres verbes. Les chevaux ne se distinguaient en rien des hommes. Ils mouraient à cause du Nord, d’un travail au-dessus de leurs forces, de la mauvaise nourriture et des coups. Et bien que leur situation fût cent fois meilleure que celle des hommes, ils mouraient plus vite qu’eux. Alors je compris l’essentiel : l’homme n’était pas devenu l’homme parce qu’il était la créature de Dieu, ni parce qu’il avait aux mains ce doigt étonnant qu’est le pouce. Il l’était devenu parce qu’il était physiquement le plus robuste, le plus résistant de tous les animaux et, en second lieu, parce qu’il avait forcé son esprit à servir son corps avec profit. »

Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, p.53, Editions Verdier.


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Les joies du goulag

6 02 2010

« On ne montrait pas le thermomètre aux travailleurs : c’était d’ailleurs parfaitement inutile : il fallait sortir quelle que fût la température. En outre, les anciens se passaient de thermomètre : s’il y a du brouillard, il fait quarante degrés au-dessous de zéro ; si on respire sans trop de peine, mais que l’air s’exhale avec bruit, cela veut dire qu’il fait moins quarante-cinq ; si la respiration est bruyante et s’accompagne d’un essoufflement visible, il fait moins cinquante. Au-dessous de moins cinquante, un crachat gèle au vol. Cela faisait déjà deux semaines que les crachats gelaient au vol.»

Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, p.36, Editions Verdier.


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Pas une grosse perte LITTERAIRE

29 01 2010

J.D. Salinger est mort !

" L’écrivain américain Jerome David Salinger, auteur du roman «L’attrape-cœurs», est décédé à l’âge de 91 ans. Il « est mort à son domicile mercredi, dans le New Hampshire » (nord-est des Etats-Unis), a précisé à l’AFP Phillis Wesburg, son agent littéraire.

Le célèbre auteur, qui a profondément marqué la littérature américaine du XXe siècle (c’te bonne blague!), vivait en reclus et n’avait accordé aucun entretien à la presse depuis près de trois décennies.

Ermite de génie, Salinger était devenu célèbre en 1951 dès la parution de « L’Attrape-cœurs », l’un des 25 best-sellers de la littérature américaine. […]"

John Steinbeck disait de lui : « il écrit des livres sans maturité pour lecteurs immatures » (comme quoi je ne suis pas seul).

Source

Encore un succés littéraire inexpliqué et inexpliquable… ou alors, et c’est mon hypothèse la plus probable, son livre n’a pas survécu au nombre des années. Mais l’ "intelligentsia" littéraire continue à le mettre sur un pied d’estal et on continue à l’enseigner comme un chef-d’oeuvre (comme d’autres soi-disant "classiques" français enseignés à l’école). Je précise bien "littéraire" dans le titre ; une perte humaine est toujours grave (ça c’est pour les chagrineux).


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L’Art

24 01 2010

Paul Léautaud

«[…] bien finis pour moi, les chinoiseries de l’écriture et les recommencements, comme il y a encore deux ans, quinze fois de la même page. Les grandes machines de style, avec le perpétuel ronron de leurs phrases, m’ont à jamais dégoûté de la forme. Pauvres livres, si harmonieux, si l’on veut, et si assommants !  Dans les livres que j’aime, il n’y a pas de rhétorique, il y a même bien des imperfections, mais celui qui les a écrits valait tous les Flaubert du monde. Ah ! la beauté, l’intérêt pénétrant, souvent, de certaines de ses phrases mal faites, mais laissées dans leur vérité, mais pas truquées par l’art ! Mais, voilà ! Il faut savoir lire, avoir beaucoup lu, et comparé, et pesé la duperie de ce mot : l’art, qu’affectionnent les imbéciles. Alors, on revient de bien des admirations, et tous ces soi-disant grands livres ne tiennent pas une minute. »

Paul Léautaud, Le petit ami, p.211, Editions Gallimard/L’Imaginaire.


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Invictus - William Ernest Henley (1849-1903)

24 01 2010

Hors de la nuit qui me recouvre,
Noire comme un puits d’un pôle à l’autre,
Je remercie les dieux, quoi qu’ils puissent être
Pour mon âme indomptable.

Tombé dans l’étreinte des circonstances
Je n’ai pas gémi ni pleuré à voix haute.
Sous les coups de la fortune
Ma tête est ensanglantée, mais redressée.

Au-delà de ce monde de colère et de pleurs
Ne plane que l’Horreur de l’ombre.
Et pourtant la menace du temps
Me trouve et me trouvera, sans peur.

Peu importe l’étroitesse de la porte,
Le nombre des punitions sur le parchemin,
Je suis le maître de mon destin :
Je suis le capitaine de mon âme.

Source


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Paul Léautaud en doc’

21 01 2010
"Un lieu, un destin…
Léautaud est ce qu’on appelle un caractère. Incarné au cinéma par Michel Serrault, ses entretiens à la radio avec Robert Mallet l’ont rendu célèbre auprès du grand public de l’époque. Son journal littéraire aux traits aiguisés, qui retrace 63 ans de vie, l’a fait passer à la postérité."
Sources : ICI . Magnifique documentaire…

Paul Léautaud


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Céline en doc’

21 01 2010
"Un lieu, un destin…
Personnage ô combien, et à raison, controversé et dérangeant, Céline est malgré tout un talent des Hauts‑de‑Seine. Courbevoie où il naît, Clichy où il exerce, Meudon où il se réfugie et meurt. Ce film nous le montre tel qu’il est, entre génie et folie, grâce à des témoignages de valeur, des entretiens télévisés avec Louis Pauwels ou Pierre Dumayet, des photos de Doisneau et Cartier‑Bresson."
Sources : ICI & ICI.
Pour une fois que l’administration culturelle publique fait quelque chose de bien et de beau, il faut le dire…

Céline à Meudon


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Céline en spectacle

20 01 2010

"Nuit d’Amérique"

(d’après les chapitres américains du "Voyage au bout de la nuit" de L. F. Céline)

Théâtre du temps, 9 rue du Morvan, Paris. Métro Voltaire.

Du 17 au 28 février 2010.
20h30 / 17h dimanche.

Synopsis : Bardamu débarque pauvre et fiévreux au pays du travail à la chaîne et du dieu Dollar.
Version scénique / Mise en scène : Julien Bal
Avec : Guillaume Paulette ( Bardamu)
Valentina Sanges (Molly)
Giulio Serafini (Le groom, le joueur de Base Ball qui danse au bordel)
Julien Ratel (Flora, l’infirmier, Bébert)
Renaud Amalbert (Pierrot)
David Augerot (Marcel, Robinson)
Musique : Paul Anka
Lumières : Renaud Amalbert
décor : Lightcorner

Informations : chromoscompagnie ( at ) yahoo.fr
01 43 55 10 88

Notes de mise en scène, extrait :

… Pour raconter la coulée de Bardamu aux US, nous refusions d’emblée tout théâtre de narration, du souvenir par la voix, du sommeil. Nous voulions faire de ce texte du désarroi un théâtre de la joie et du nerf. Il fallait alors injecter dans les dialogues certains passages narratifs, faire de ce roman une suite d’échanges, traduire ces chapitres en théâtre. Si toute traduction est une négociation serrée entre l’oeuvre de départ et la langue d’atterrissage, nous avons joué de cet espace trouble qui parfois s’annule, parfois s’ouvre, entre le Bardamu secret de l’oeuvre et le Bardamu qui sait dire dans l’instant ce qu’il ressent du monde.
De cet effort est né notre second spectacle Célinien (Après les "Entretiens avec le Professeur Y." en 2007) "Nuit d’Amérique".
Une troisième version scénique, dans un an, fermera ce cycle "New-York, Detroit, Meudon" par des instants d’ "Un Château l’autre".
Ici, en cette "Nuit d’Amérique", des figures perturbent le parcours de Bardamu (Molly, Pierrot, Robinson, Marcel et Flora (l’Eglise), Lola, L’infirmier, le groom, le joueur de Base Ball).
La nuit, les fantômes rendent hommage au rien du tout de derrière le ciel, Molly console Bardamu qui fuira un dimanche (un gloomy sunday).
Nous le retrouvons, le Ferdine, pour finir, à Meudon, vers 1950, au lendemain du décès de Madame Bérenge. Et puis voilà. Et puis tant pis…


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Se plonger dans le grand tout…

8 01 2010

Octave Mirbeau

« L’été, la mode, ou le soin de sa santé, qui est aussi une mode, veut que l’on voyage. Quand on est un bourgeois cossu, bien obéissant, respectueux des usages mondains, il faut, à une certaine époque de l’année, quitter ses affaires, ses plaisirs, ses bonnes paresses, ses chères intimités, pour aller, sans trop savoir pourquoi, se plonger dans le grand tout. Selon le discret langage des journaux et des personnes distinguées qui les lisent, cela s’appelle un déplacement, terme moins poétique que voyage, et combien plus juste!… Certes, le coeur n’y est pas toujours, à se déplacer, on peut même dire qu’il n’y est presque jamais, mais on doit ce sacrifice à ses amis, à ses ennemis, à ses fournisseurs, à ses domestiques, vis-à-vis desquels il s’agit de tenir un rang prestigieux, car le voyage suppose de l’argent, et l’argent toutes les supériorités sociales.
  Donc, je voyage, ce qui m’ennuie prodigieusement, et je voyage dans les Pyrénées, ce qui change en torture particulière l’ennui général que j’ai de voyager. Ce que je leur reproche le plus aux Pyrénées, c’est d’être des montagnes… Or, les montagnes, dont je sens pourtant, aussi bien qu’un autre, la poésie énorme et farouche, symbolisent pour moi tout ce que l’univers peut contenir d’incurable tristesse, de noir découragement, d’atmosphère irrespirable et mortelle… J’admire leurs formes grandioses, et leur changeante lumière… Mais c’est l’âme de cela qui m’épouvante… Il me semble que les paysages de la mort, ça doit être des montagnes et des montagnes, comme celles que j’ai là, sous les yeux, en écrivant. C’est peut-être pour cela que tant de gens les aiment. 
  La particularité de cette ville où je suis, et dont l’excellent Baedecker, pince-sans-rire allemand, chante en des lyrismes extravagants « la sublime beauté idyllique », tient en ceci, qu’elle n’est pas une ville. En général, une ville se compose de rues, les rues de maisons, les maisons d’habitants. Or, à X…, il n’y a ni rues, ni maisons, ni habitants indigènes, il n’y a que des hôtels… soixante-quinze hôtels, énormes constructions, semblables à des casernes et à des asiles d’aliénés, qui s’allongent les uns les autres, indéfiniment, sur une seule ligne, au fond d’une gorge brumeuse et noire, où toussote et crachote sans cesse, ainsi qu’un petit vieillard bronchiteux, un petit torrent. Ça et là, quelques étalages installés au rez-de-chaussée des hôtels, boutiques de librairies, de cartes postales illustrées, de vues photographiques de cascades, de montagnes et de lacs, assortiments d’alpenstocks et de tout ce qu’il faut aux touristes. Puis, quelques villas, éparpillées sur les pentes… et, au fond d’un trou, l’établissement thermal qui date des Romains… ah! oui… des Romains!… Et c’est tout. En face de soi, la montagne haute et sombre; derrière soi, la montagne sombre et haute… À droite, la montagne, au pied de laquelle un lac dort; à gauche, la montagne toujours, et un autre lac encore… Et pas de ciel… jamais de ciel, au-dessus de soi! De gros  nuages qui traînent d’une montagne à l’autre leurs pesantes masses opaques et fuligineuses… […]»

Début de "Les 21 jours d’un neurasthénique", 1901, Octave Mirbeau.

Il est vraiment temps de redécouvrir cet écrivain… Nom de Dieu !


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Elle se payait les belles pièces…

7 01 2010

Monsieur Bob en pleine dégustation

« La mère à Riri a passé la sienne de vie à changer de coin, tout lui parlait trop, elle disait, ça lui filait le noir. Elle était vraiment marquée du signe indien, à chaque changement, à chaque triage elle était marron. Comme collection de tuiles, elle se payait les belles pièces, elle a dû se retirer en province, grillée partout.
Chaque après-midi, elle venait commencer son quart pas très loin de la porte Saint-Denis, son gosse Riri qui avait bien neuf ans, avec elle. C’est mon Julot à moi elle disait en rigolant. Elle amenait le môme qu’elle avait été prendre à la sortie de l’école où qu’il s’instruisait, et elle le planquait dans un petit bistrot.
Riri lui servait de coffre-fort, comme elle avait jamais été vernie, il lui arrivait de se faire piquer son fric par son client, alors à chaque passe, elle rappliquait au bistre et envoyait la comptée à Riri qui planquait le tout sur lui, un peu fiérot qu’il était. […] »

Robert Giraud, Le vin des rues, Editions Stock, 1955.


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Le tueur au Verbe…

3 01 2010

« Le 14 janvier 1933,

Monsieur,

Vous venez de si loin pour me tendre la main qu’il faudrait être bien sauvage pour ne pas être ému par votre lettre.

Que je vous exprime d’abord toute ma gratitude un peu émerveillée par un tel témoignage de bienveillance et de spirituelle sympathie.

Rien cependant ne nous rapproche, rien ne peut nous rapprocher ; vous appartenez à une autre espèce, vous voyez d’autres gens, vous entendez d’autres voix. Pour moi, simplet, Dieu c’est un truc pour penser mieux à soi-même et pour ne pas penser aux hommes, pour déserter en somme superbement.

Vous voyez combien je suis argileux et vulgaire !

Je suis écrasé par la vie, je veux qu’on le sache avant d’en crever, le reste je m’en fous, je n’ai que l’ambition d’une mort peu douloureuse mais bien lucide et tout le reste c’est du yoyo.

Bien sincèrement je vous prie,

Destouches Céline »

Lettre de Céline à François Mauriac, p.347, in Lettres, Bibliothèque de la Pléiade, (c)2009 Gallimard.


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Bonne Année 2010 !

1 01 2010

et surtout une bonne santé… ;-) Smiley


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Un concours de T-Shirts mouillés. Chouette !

30 12 2009
Le bon goût est de retour. Bukowski fait un caméo (apparition) dans le film "Supervan" (1977), un chef-d’œuvre cinématographique qui n’est pas resté dans les "anales" (on se demande bien pourquoi). Serez-vous le retrouver ? Un indice : il a 56/57 ans et s’amuse comme un gosse…

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Une fan japonaise de Charles Bukowski

29 12 2009
…un peu fofolle :-) . Comme quoi Bukowski ça passe aussi en japonais ! La mignonne a même "Post Office" (Le Postier). Je me souviens que Buk était très connu dans les années 70 en Allemagne, au Japon… et en France. Pour le Japon, je me demande si ce n’est pas le "choc culturel" qui a fait son succés ; les japonais étant plus connus pour leur conformisme que pour leur franche déconnade.

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