Siva - Philip K. Dick

5 08 2008

Présentation de l’éditeur :
Un "Système Intelligent Vaste et Actif". Mais encore ? Un dieu ? Un satellite ? Une Intelligence artificielle ? Ou peut-être une entité extra-terrestre ? Toujours est-il qu’elle est entrée en contact avec Horslover Fat et l’a convaincu que le monde dans lequel il vivait n’était pas celui qu’il croyait être. L’Amérique des années 70 ne serait autre que la Rome du Ier siècle après Jésus-Christ. Une Amérique livrée aux mains des puissances du mal qu’Horslover est chargé de libérer.
Heureusement Philip K. Dick, narrateur et personnage du roman est là pour rappeler à son ami Horslover Fat que toutes ces histoires ne sont que des divagations irrationnelles. À moins qu’Horslover Fat n’existe pas et qu’il ne soit autre que Dick lui-même. Dans ce cas, c’est Dick qui serait fou. Et donc Fat qui aurait raison… Premier volume de ce que l’on a appelé plus tard "la trilogie divine" (avec L’Invasion divine, La Transmigration de Timothy Archer), Siva n’a pas toujours rencontré le succès qui lui est dû. À la fois autobiographie, délire mystique, science-fiction, vaste supercherie et interrogation vertigineuse sur la paranoïa ou sur le dédoublement de personnalité, il s’agit sans doute du plus "dickien" de tous les romans de Dick. –Thomas Luntz
Explorateur inlassable de mondes schizophrènes, désorganisés et équivoques, Philip K. Dick (1928-1982) n’a cessé d’écrire que la réalité n’est qu’une illusion. Nombre de ses œuvres ont été adaptées au cinéma (Minority Report, Paycheck, Blade Runner, Total Recall).

Trop théologique pour moi. J’ai arrêté à la page 82… le livre est trop long à démarrer. Soulant. Pénible. J’avais pourtant réussi à lire les autres livres de sa trilogie. Comme quoi… les livres cultes… pas pour tout le monde.

Editions  Denoël / Présence du Futur - 250 pages


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En gagnant mon pain - Maxime Gorki

28 07 2008

Présentation de l’éditeur :
En gagnant mon pain (1916) est le volume central d’une trilogie contrastée, commençant par Enfance (1913-14) et se terminant par Mes universités (1923). Même si la dimension autobiographique assure la cohérence de l’ensemble, les conditions de la rédaction façonnent nettement la vision rétrospective. Le premier livre a été conçu à Capri, dans le temps d’un exil glorieux : le suivant, écrit en Russie, où l’auteur est rentré après une amnistie proclamée par le tsar, a été marqué par la guerre et l’installation du régime soviétique, enfin, le dernier volet est mis au point à l’étranger alors que l’homme entretient une relation ambivalente avec la jeune révolution, est simultanément en amitié et en intimité avec Lénine. La visée de la critique sociale n’a donc plus la même pertinence, et l’histoire elle-même ne se déchiffre ni ne s’interprète selon les mêmes critères. L’adolescence décrite dans En gagnant mon pain, laborieuse, impécunieuse, sentimentalement aride, est éclairée par la découverte de la littérature, récits populaires, ou récits plus substantiels comme ceux de Balzac et de Flaubert. L’ensevelissement dans les textes devient le moyen d’échapper à la souffrance quotidienne, détermine en outre le désir d’écrire. Orphelin depuis longtemps, l’écrivain a pu dire «Les livres, dans ma vie, ont remplacé ma mère». Cet investissement traduit une curiosité qui sera continuellement contrecarrée par la nécessité : travailler, travailler pour survivre. Si Enfance constitue une véritable référence, il n’en va pas ainsi des autres romans : cette publication tâche de restituer une oeuvre dans son mouvement complexe, afin de battre en brèche certains jugements liés à l’indéfinition du fragment. 

J’ai bizarrement moins accroché que pour "Enfance" mais c’est tout de même un joyaux dans sa description de la nature, des mœurs russes des pauvres gens et une déclaration d’amour du livre, dans un style cristallin, sans aucune lourdeur ; j’insiste sur la qualité de l’écriture. Se lit d’une traite. Une sorte de "Factotum" (C.Bukowski) à la russe. A saluer le travail remarquable du traducteur qui a su rendre la prose limpide (manque peut-être des notes en bas de page pour nous éclairer sur les coutumes et croyances russes). Mais la qualité de l’impression laisse à désirer malgré le prix de l’ouvrage ; caractères mal imprimés, manquant, déteignant parfois.

«[…] Mon enfant, dit-elle, oublie ce que racontent les livres ; ils mentent, les livres ! » p.65

«[…] La femme, c’est une force ; elle a trompé Dieu Lui-même, oui, parfaitement ! (…) C’est à cause d’Eve que tout le monde s’en va en enfer, oui, parfaitement ! » p.92

«[…] le travail de l’esprit, pendant l’enfance, creuse dans l’âme des plaies si profondes que, parfois, elles ne peuvent plus se fermer. » p.103

«[…] La seule différence entre les hommes, c’est le degré de leur bêtise. L’un est intelligent, l’autre moins, le troisième est complètement bête. Pour s’instruire, on doit lire des livres bien choisis ; la magie noire, et tout le reste ! Il faut lire tous les livres, alors on découvre ceux qui peuvent être utile… » p.124

«[…] Lorsque Dieu nous envoie sur la terre, nous sommes de stupides enfants, Il veut que nous en revenions vieillards instruits, donc il faut apprendre ! » p.165

«[…] Peut-on demander à quoi pense un homme ? Il est impossible de répondre à cette question. On pense simultanément à beaucoup de choses, à tout ce qu’on a sous les yeux, à ce qu’on a vu hier et l’année passée, et tout est confus, insaisissable, se meut et se transforme. » p.186-187

«[…] Les livres, mon ami, sont comparables à un grand jardin où il y a de tout : de l’inutile, de l’excellent et de l’agréable… (…) Les brèves leçons du pharmacien m’inspiraient une révérence toujours plus vive pour les livres ; peu  à peu ils me devinrent aussi indispensables que l’eau-de-vie à un ivrogne. » p.189

«[…] L’argent, ce n’est pas comme les gens, il n’y en a jamais de trop. » p.233

«[…] La lecture empêche les querelles et le bruit ; c’est une bonne chose ! » p.269

«[…] Ici, depuis que tu lis, c’est comme au printemps quand on enlève les doubles fenêtres et qu’on laisse pour le première fois pénétrer l’air pur (…) » p.270

«[…] Les gens s’usent et meurent, c’est naturel, mais nulle part ils ne s’épuisent avec la même rapidité terrifiante, ni aussi stupidement que chez nous, en Russie… » p.273

«[…] La gaîté, chez nous, n’est ni spontanée, ni naturelle, il faut la faire naître, l’entretenir, l’exciter, c’est une pauvre flamme toujours prête à s’éteindre. Et trop souvent la gaîté russe se transforme d’une manière inattendue et insaisissable en un drame féroce. L’homme danse comme un captif briserait ses liens, et soudain, libérant en lui le fauve le plus cruel, il se précipite en brute sur les autres et il mord, déchire et anéantit… » p.276-277

«[…] Etre bon, c’est ce qu’il y a de plus facile pour les paresseux ; la bonté, mon garçon, ça ne demande pas d’esprit. » p.313

«[…] on a beau se démener, on peut espérer ce qu’on veut, mais personne n’échappera au linceul et à la tombe ! » p.313

«[…] Qui suis-je ? Un être humain. Et l’autre, qui est-il ? Un être humain aussi. Alors quoi ? Dieu exigerait-il de lui ou de moi un impôt différent ? Non, nous sommes tous égaux devant Dieu… Il faut que nous soyons égaux dans la vie. » p.320

Editions  L’Harmattan / Les Introuvables - 362 pages


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Walker Evans #2

24 07 2008

Laura Minnie Tengle, Hale County, Alabama, Summer 1936

Roadside Stand Near Birmingham, 1936

Floyd and Lucille Burroughs, Hale County, Alabama, 1936

The Passengers, New York, 1938


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Tout va très bien !

22 07 2008

«[…] Le confrère Touvabienovitch, revêtu lui aussi d’une blouse fort crasseuse… ni plus ni moins que les autres membres du personnel… ne me fit grâce d’aucun détail, d’aucun tournant de cette immense installation, d’aucun service spécialisé. J’ai tout vu, je pense, bien tout vu, tout senti, depuis le cagibi des piqûres, jusqu’aux oubliettes tabétiques, de la crèche aux essaims de mouches, jusqu’aux quartiers pour hérédos. Ces petits-là, syphilis infantiles, semblaient entre autres fort bien dressés, préalablement, ils m’attendaient bien sages, au passage, ils devaient jouer pour les rares visiteurs toujours le même rôle, la même petite comédie… Ils m’attendaient au réfectoire… attablés devant autant d’écuelles, par groupes, par douzaines, en cercle, tondus, verdâtres, bredouillants hydrocéphales, une bonne majorité d’idiots, entre 6 et 14 ans, enjolivés pour la bonne impression de serviettes, très crasseuses, mais très brodées… Figuration.

A notre entrée, ils se dressèrent tous d’un seul jet, et puis tous ensemble se mirent à brailler quelque chose en russe… la sentence ! « Tout va Très Bien ! … Nous sommes tous Très Bien Ici » Voilà ce qu’ils vous disent confrère ! Tous…

Toutvabienovitch avait des élèves dans le coin… d’ailleurs il se fendait la pêche, ce confrère est un des rares Russes que j’ai vu rire pendant mon séjour à Leningrad.

Voilà nos femmes de service ! nos infirmières du service !… On aurait pu, avec un peu d’attention… les distinguer, les reconnaître parmi les malades, elles semblaient encore plus déchues, navrées, perclues, fondantes de misère que tous les malades hospitalisés… Elles vacillaient toutes, littéralement entre les parois du couloir, exsangues, décharnées, croulantes en guenilles… d’un bord crasseux sur l’autre.

  - Combien gagnent-elles ?…

  - 80 roubles par mois… (une paire de chaussures coûte 250 roubles en Russie) … Et puis, il a ajouté, en surplus (dans son tonnerre habituel), mais elles sont nourries ! confrère, nourries !…

Il se bidonne ! Tout va très bien ! qu’il vocifère. Mais le meilleur de cette visite c’était pour la fin ! Les traitements gynécologiques !… la spécialité de Touvabienovitch. le bouquet ! … Un bazar, une collection, une rétrospective d’instruments, d’antiquités ébréchées, tordues, grinçantes maudites… qu’on ne trouverait plus qu’au Val-de-Grâce, dans les cantines et les trousses du baron Larrey, avec bien du mal… Pas un broc, un trépied, une sonde, pas le moindre bistouri, la plus courante pince à griffes, de cette répugnante quincaille rien qui ne date au moins des Tzars… des vraies ordures, un fouillasson bien déglingué de saloperies innommables, tessons rongés, sublimés, pourris de permanganate à ce point qu’aux Puces personne n’en voudrait… les rabouins refuseraient sans appel… pas la valeur du transport en voiture à bras… une poubelle très décourageante… Tous les plateaux, corrodés, écaillés jusqu’à l’envers… macérés… je ne parle pas du linge, des trous et de la merde…

Toutvabienovitch, dans cette zone, il était aux anges… C’était sa consultation ! le moment de son art !… Retroussant ses manches, il se met en devoir aussitôt, et le voici qui fonctionne ! Les culs partout se ressemblent. Les malades attendent leur tour… une ribambelle pour grimper sur le chevalet. Les étudiants, un peu abrutis, un peu boutonneux, un peu malveillants, comme tous les étudiants du monde prennent de la graine… il s’agissait de farfouillages, de décollages des replis de grands suintements du vagin… du col… de tamponnements à pleine vulve, de pressurer les Bartholins… enfin la bricole ordinaire… le casuel glaireux des métrites… Toutvabienovitch s’en donnait… toujours cordial… bien pétulant… haut de verbe… à son affaire gaillardement. Il m’en promenait plein la vue… c’est vrai qu’il était habile… il manipulait fort crânement avec une rude dextérité tous ces attirails en déroute, ces annexes, ces purulences… en grande série un petit jet de permanganate et floutt ! … Je te plonge dans une autre motte la moitié du bras… en pleine fièvre il faisait rendre un peu les glandes… toujours pérorant… il se secouait à peine les doigts… et floup ! fonçait dans la prochaine… pas une seconde de perdue… comme ça !… mains nues !… velues… dégoulinantes de jus jaune… sans doigtier absolument…

Je voulais pas du tout le gêner… paraître indiscret, mais quand même je voulais savoir… Quand il a eu trifouillé comme ça des douzaines de vulves, j’ai fini par lui demander :

   - Vous ne portez jamais de gants ?…

  - Oh ! pas la peine !… pas la peine confrère ! Ici Tout va Bien ! Tout va Parfaitement !… et de se gondoler… de plus en plus drôle… en pleine forme… Bien sûr que c’était pas de sa faute si le caoutchouc manque en Russie… Il profitait du voisinage pour regarder un petit peu dans le trou du cul… Il cherchait là aussi les gonos en bringue dans le pot de lentilles, les petits replis de l’anus. Il jetait d’abord un peu d’eau et un peu de vaseline alentour, et puis encore du menthol, il grattait avec ses ongles… enfin une petite cuisine. Et puis tout de suite, immédiatement, il refilait dans la prochaine vulve… Il s’arrêtait à l’entrée, une pression sur les Bartholins… Il était tout à fait heureux quand ça rendait vert, un jus bien épais, bien lié… Deux, trois tampons. Tout va Bien ! Confrère ! Tout va Bien !… […]»

Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre, 1937.


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Philip K. Dick (1928~1982)

20 07 2008

(c)Tessa Dick 1980

Source ICI


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Des mules et des hommes : une enfance, un lieu - Harry Crews

19 07 2008

Présentation de l’éditeur :
Ce livre est le récit inoubliable des premières années de Harry Crews, un portrait minutieusement reconstitué des gens, des lieux et des circonstances qui l’ont formé à devenir l’extraordinaire raconteur d’histoires qu’il est.
Crews est né au milieu de la Grande Dépression dans une misérable baraque de paysan plantée au bout d’un chemin de terre au fin fond du sud de la Géorgie. Mais si Bacon County est une région où le sol est aride et les vendettas sanglantes, c’est aussi un endroit profondément magique où les serpents parlent, où les oiseaux peuvent s’emparer de l’âme d’un petit garçon, où les prédicateurs et les sorcières gardent fantômes et démons à portée de main. À la fois choquant, élégiaque, attendrissant et drôle, Des mules et des hommes raconte les débuts d’un écrivain dans un monde « où la survie dépend d’un courage brut, un courage né du désespoir et soutenu par un manque total d’alternative ».

Où l’on comprend mieux pourquoi Harry Crews écrit les histoires qu’il écrit. Truffée d’anecdotes, de personnages baroques et étranges, son enfance et le lieu qu’il a habité durant sont enfance ont contribué à créer sa « mythologie » personnelle. Un récit attendrissant et plein de drôlerie, parfois choquant. C’est autant la biographie d’un lieu que celle d’un homme. Peut-être le meilleur livre de Crews.

« Quand j’étais gamin, les histoires c’était la conversation, et la conversation c’était des histoires. Pour moi ces moments-là étaient de la pure magie. » p.155

«[…] Au milieu de tout ça, l’idée m’est venue pour la première fois que d’être vivant c’était comme d’être éveillé dans un cauchemar. » p.176

Editions  Gallimard / La Noire - 273 pages


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ne connaît pas ses classiques

18 07 2008

cela fait 3 nuits
ou 3 jours
que je ne dors pas
et le blanc de mes yeux
est tout rouge ;
je ris dans le
miroir,
et je n’ai pas cessé
d’écouter le tic-tac
du réveil
et le gaz
de mon radiateur
diffuse
une odeur lourde,
épaisse et
chaude, parcourue
par le bruit
des voitures,
des voitures suspendues
comme des décorations
dans ma tête, mais
j’ai lu
les classiques
et sur mon divan
dort une pute
imbibée de vin
qui pour la première
fois
a entendu
la 9e de Beethoven,
et lasse,
s’est endormie
en écoutant
poliment.

imagine-toi un peu, papa, a-t-elle dit,
avec ton cerveau
tu pourrais être le premier homme
à copuler
sur la lune.

Charles Bukowski, Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines (The Days Run Away Like Wild Horses Over the Hills, 1969) ©Editions du Rocher pour la traduction française, 2008.


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Walker Evans (1903~1975), Photographe

16 07 2008

(c)Walker Evans, 1936

(c)Walker Evans, 1936

(c)Walker Evans, 1936


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Paris jolie ville…

15 07 2008

«[…] Paris, puisque nous en sommes là, est une ville qu’on ne peut plus reconstruire, même plus aménager, d’une façon d’une autre. Les temps des rafistolages, des bricoles, des petites malices, des affûteries sont révolus… C’est une ville qu’a fait toute sa vie, qu’est devenue maintenant toute nuisible, mortelle pour ceux qui l’habitent. Le mieux c’est qu’elle reste croupir en retrait définitif en "touchant" musée, avec tourniquets si l’on veut, une exposition permanente, en arrière des événements, comme Aigues Mortes, Bruges ou Florence… Faut la démembrer tout à fait, lui laisser juste les parties mortes, tout le faisandé qui lui convient. Pour les humains c’est autre chose, ils peuvent pas vivre dans un cadavre… Paris jolie ville croupissante, gentiment agonique entre la noble Place des Vosges et le Musée Carnavalet… Parfait. L’agonie est un spectacle qui intéresse bien des personnes. Vieillarde fétide qui se disloque en susurrant des choses d’Histoire… La seule banlieue possible d’une ville de quatre millions d’habitants, c’est la mer. La mer seule assez puissante, assez généreuse, pour assainir quotidiennement ce terrible infernal ramassis, cet effrayant conglomérat de pourritures organiques, inhalantes, expirantes, chiatiques, fermenteuses, fébricilantes, virulogènes. La ville la plus malsaine du monde, la plus emboîtée, la plus encastrée, infestée, confinée, irrémédiable c’est Paris ! Dans son carcan de collines. Un cul-de-sac pris dans un égout, tout mijotant de charognes, de millions de latrines, de torrents de mazout et pétrole bien brûlants, une gageure de pourriture, une catastrophe physiologique, préconçue, entretenue, enthousiaste. Population à partir de mai, plongée, maintenue, ligotée dans une prodigieuse cloche au gaz, littéralement à suffoquer, strangulée dans les émanations, les volutes de mille usines, de cent mille voitures en trafic… Les dégagements sulfureux, stagnants de millions de chiots, absolument corrodée, minée, putréfiée jusqu’en ses derniers hémoblastes, par les plus insidieuses, les plus pernicieuses ordures aériennes… Ventilation nulle, Paris un pot d’échappement sans échappement. Buées, nuages de tous les carbures, de toutes les huiles, de toutes les pourritures jusqu’au deuxième étage de la tour Eiffel. Une cuve, asphyxiante au fond de laquelle nous rampons et crevons… Densité de pourriture vaporeuse infranchissable à tous les rayons solaires directs. La nuit, le fameux "Ouessant" lui-même avec ses 500 000 000 de bougies, sèche risible contre ce rideau de toutes les pourritures parisiennes stagnantes, parfaitement opaques. Aucune lumière ne peut percer, disperser cette bouillie. Pourriture prodigieuse, surchauffée, enrichie infiniment, pendant tous les mois de l’été, par tant d’autres saloperies permanentes, exsudats organiques, résidus chimiques, électrifiés, de millions de carburations abjectes qui nous filent tout droit dans les bronches et le trésor de notre sang. A la bonne santé pour la ville lumière ! Une poubelle gazeuse pour tortures imbéciles !… Salut ! Les humains se traînent dans Paris. Ils ne vivent plus, c’est pas vrai !… Jamais ils n’ont leur compte humain de globules, 3 à 5 milliards au lieu de 7. Ils n’existent qu’au ralenti, en larves inquiètes. Pour qu’ils sautent il faut les doper ! Ils ne s’émoustillent qu’à l’alcool. Observez ces faces d’agoniques… C’est horrible à regarder… Ils semblent toujours un peu se débattre dans un suicide… […]»

Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre, 1937.


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pour Jane

13 07 2008

225 jours sous l’herbe
et tu en sais plus que moi.

ils ont pris ton sang depuis longtemps.
tu es une brindille sèche dans un panier.

est-ce ainsi que ça marche ?

dans cette chambre
les heures de l’amour
font toujours des ombres.

quand tu es partie
tu as presque tout
emporté.

je m’agenouille dans la nuit
devant des tigres
qui ne me laisseront pas en paix.

ce que tu étais
n’arrivera plus.

les tigres m’ont trouvé
et je m’en fous.

Charles Bukowski, Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines (The Days Run Away Like Wild Horses Over the Hills, 1969) ©Editions du Rocher pour la traduction française, 2008.


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