Dieu existe

11 03 2010

«[…] Il y a, chez Dostoïevski ou chez Voltaire un personnage qui dit que si Dieu n’existait pas, les hommes l’auraient inventé. Et je crois profondément que, si l’immortalité n’existe pas, tôt ou tard le grand esprit humain l’inventera. »

Anton Tchékhov, La Steppe, p.211 (dans la nouvelle « Salle 6 »), Editions Gallimard/Folio.

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La Steppe

9 03 2010

« Quand nous regardons longuement le ciel immense, nos idées et notre âme se fondent dans la conscience de notre solitude. Nous nous sentons irréparablement seuls, et tout ce que nous tenions auparavant pour familier et cher s’éloigne indéfiniment et perd toute valeur. Les étoiles, qui nous regardent du haut du ciel depuis des milliers d’années, le ciel incompréhensible lui-même et la brume, indifférents à la brièveté de l’existence humaine, lorsqu’on reste en tête à tête avec eux et qu’on essaie d’en comprendre le sens, accablent l’âme de leur silence ; on se prend à songer à la solitude qui attend chacun de nous dans la tombe, et la vie nous apparaît dans son essence, désespérée, effrayante… »

Anton Tchékhov, La Steppe, p.104, Editions Gallimard/Folio, 1888.


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le chat “mouche”, l’évier de mon âme…

7 03 2010

« — Ah ! je sais bien que ça ne te plaît pas à toi que je fasse la grasse matinée, dit-il, s’adressant à son chat qui, étendu sur la courtepointe, à ses pieds, le regardait fixement avec des yeux très noirs.

Cette bête était affectueuse et câline, mais maniaque et retorse ; elle n’admettait aucune fantaisie, aucun écart, entendait que l’on se levât et que l’on se couchât à la même heure ; et, très nettement elle faisait, lorsqu’elle était mécontente, passer, dans la sombreur de son regard, des nuances irritées, sur le sens desquelles son maître ne se trompait point.

Rentrait-il avant onze heures du soir, elle l’attendait dans le vestibule, à la porte, griffait le bois, miaulait avant même qu’il n’eût pénétré dans la pièce ; puis elle roulait de langoureuses prunelles d’or vert, se frottait contre ses culottes, sautait sur les meubles, se dressait tout debout, simulant le petit cheval qui se cabre, lui envoyait lorsqu’il s’approchait, par amitié, de grands coups de tête ; passé onze heures, elle n’allait plus au-devant de lui, se bornait à se lever alors qu’il arrivait près d’elle, faisait encore le gros dos, mais ne caressait pas ; plus tard encore, elle ne bougeait et elle se plaignait et grognait, s’il se permettait de lui lisser le dessus de la tête ou de lui gratter le dessous du cou.

Ce matin-là, elle s’impatienta de cette paresse, se mit sur son séant, se gonfla, puis s’approcha sournoisement et s’assit à deux pas de la figure de son maître, le dévisageant d’un oeil atrocement faux, lui signifiant qu’il eût à déguerpir, à lui laisser la place chaude.

Amusé par ce manège, Durtal ne bougea, regardant le chat, à son tour. Il était énorme, commun et pourtant bizarre, avec sa robe mi-partie roussâtre comme la cendre du vieux coke et grise comme le poil des balais neufs, avec çà et là de petits floquets blancs tels que ces peluches qui voltigent sur les tisons morts. C’était un très authentique chat de gouttière, haut sur pattes, long, à tête de fauve, très régulièrement strié d’ondes d’ébène qui cerclaient les pattes de bracelets noirs, allongeaient les yeux par deux grands zigzags d’encre.

— Malgré ton caractère de rabat-joie, de vieux garçon monomane et sans patience, tu es tout de même gentil, fit Durtal, d’un ton insinuant, pour l’amadouer ; puis, il y a assez longtemps que je te raconte ce que chacun se tait ; tu es l’évier de mon âme, toi, le confesseur inattentif et indulgent qui approuve, vaguement, sans surprise, les méfaits d’esprit qu’on lui avoue, afin de se soulager, sans qu’il en coûte ! Au fond, c’est là ta raison d’être, tu es l’exutoire spirituel de la solitude et du célibat ; aussi, je te gave d’attentions et de soins ; mais cela n’empêche qu’avec tes bouderies tu ne sois  souvent, ainsi que ce matin, par exemple, insupportable ! »

J.-K. Huysmans, Là-bas, p.91-92, Editions GF Flammarion, 1891.


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le vieil enfer

6 03 2010

«[…] Tout cela est désormais fini ; la bourgeoisie a remplacé la noblesse sombrée dans le gâtisme ou dans l’ordure ; c’est à elle que nous devons l’immonde éclosion des sociétés de gymnastique et de ribote, les cercles de paris mutuels et de courses. Aujourd’hui, le négociant n’a plus qu’un but, exploiter l’ouvrier, fabriquer de la camelote, tromper sur la qualité de la marchandise, frauder sur le poids des denrées qu’il vend.
Quant au peuple, on lui a enlevé l’indispensable crainte du vieil enfer et, du même coup, on lui a notifié qu’il ne devait plus, après sa mort, espérer une compensation quelconque à ses souffrances et à ses maux. Alors il bousille un travail mal payé et il boit. De temps en temps, lorsqu’il s’est ingurgité des liquides trop véhéments, il se soulève et alors on l’assomme, car une fois lâché, il se révèle comme une stupide et cruelle brute ! […]»

J.-K. Huysmans, Là-bas, p.130, Editions GF Flammarion, 1891.


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la langue française…

11 02 2010

Alphonse Boudard

« Tenez, je vous entends d’avance ! Les voix, le chœur indigné… les pères de famille, les militaires, les bonnes d’enfants, les pieds-bots, les idéalistes du progrès, les poètes, les grammairiens, les justiciers réformistes, les angoissés de l’atome, les petites filles modèles, les dames patronnesses, les bonapartistes, les bègues, les anciens combattants… Tous ! le Barreau, l’ordre de Malte et l’Académie de l’humour !… Salaud ! scatologue ! fainéant ! pervers ! infect corrupteur ! Vous vous complaisez dans l’emphase merdeuse, dans le crime, la sanie, les égouts ! Vous en êtes un autre !  Sans patrie, sans foi, sans jeunesse, sans âme ! Votre lourde insistance dans les chiottes relève de la psychanalyse. Stade anal ! Vos cloportes-personnages répugnent à l’honnête homme, lui soulèvent le cœur. Vous vous vautrez dans le sordide. Les putains du Sébasto elles-mêmes vous dégueulent ! Vous déshonorez la langue française avec vos barbarismes, solécismes… vos ellipses glandilleuses. Vous la traînez dans la fiente, pénible coprophage… […]»

Alphonse Boudard, Chroniques de mauvaise compagnie, La Cerise, p.296, Editions Presses de la cité/Omnibus


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“Ecrivain de la Shoah”

9 02 2010

Ghetto

«[…] Il n’y a pas d’appellation plus irritante que celle-ci. Un véritable écrivain écrit à partir de lui-même et la plupart du temps sur lui-même, et si ses propos ont un sens, c’est parce qu’il est fidèle à lui-même, à sa voix, à son rythme. Les généralités, le sujet ne sont que des sous-produits de l’écriture, non son essence. […] Seuls des mots justes construisent un texte littéraire, et non pas le sujet.
[…] Je n’ai pas l’impression d’écrire sur le passé. Le passé en lui-même est un très mauvais matériau pour la littérature. La littérature est un présent brûlant, non au sens journalistique, mais comme une aspiration à transcender le temps en une présence éternelle. »

Aharon Appelfeld, Histoire d’une vie, p.135-136, Editions Points.


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Affamé et hargneux…

7 02 2010

Varlam Chalamov

«[…] Affamé et hargneux, je savais que rien au monde ne pourrait me contraindre au suicide. C’est précisément à cette époque que j’avais commencé à comprendre l’essence du grand instinct vital dont l’homme est doté au plus haut point. Je voyais les chevaux s’épuiser peu à peu et mourir : je ne pourrais m’exprimer autrement ni employer d’autres verbes. Les chevaux ne se distinguaient en rien des hommes. Ils mouraient à cause du Nord, d’un travail au-dessus de leurs forces, de la mauvaise nourriture et des coups. Et bien que leur situation fût cent fois meilleure que celle des hommes, ils mouraient plus vite qu’eux. Alors je compris l’essentiel : l’homme n’était pas devenu l’homme parce qu’il était la créature de Dieu, ni parce qu’il avait aux mains ce doigt étonnant qu’est le pouce. Il l’était devenu parce qu’il était physiquement le plus robuste, le plus résistant de tous les animaux et, en second lieu, parce qu’il avait forcé son esprit à servir son corps avec profit. »

Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, p.53, Editions Verdier.


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Les joies du goulag

6 02 2010

« On ne montrait pas le thermomètre aux travailleurs : c’était d’ailleurs parfaitement inutile : il fallait sortir quelle que fût la température. En outre, les anciens se passaient de thermomètre : s’il y a du brouillard, il fait quarante degrés au-dessous de zéro ; si on respire sans trop de peine, mais que l’air s’exhale avec bruit, cela veut dire qu’il fait moins quarante-cinq ; si la respiration est bruyante et s’accompagne d’un essoufflement visible, il fait moins cinquante. Au-dessous de moins cinquante, un crachat gèle au vol. Cela faisait déjà deux semaines que les crachats gelaient au vol.»

Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, p.36, Editions Verdier.


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L’Art

24 01 2010

Paul Léautaud

«[…] bien finis pour moi, les chinoiseries de l’écriture et les recommencements, comme il y a encore deux ans, quinze fois de la même page. Les grandes machines de style, avec le perpétuel ronron de leurs phrases, m’ont à jamais dégoûté de la forme. Pauvres livres, si harmonieux, si l’on veut, et si assommants !  Dans les livres que j’aime, il n’y a pas de rhétorique, il y a même bien des imperfections, mais celui qui les a écrits valait tous les Flaubert du monde. Ah ! la beauté, l’intérêt pénétrant, souvent, de certaines de ses phrases mal faites, mais laissées dans leur vérité, mais pas truquées par l’art ! Mais, voilà ! Il faut savoir lire, avoir beaucoup lu, et comparé, et pesé la duperie de ce mot : l’art, qu’affectionnent les imbéciles. Alors, on revient de bien des admirations, et tous ces soi-disant grands livres ne tiennent pas une minute. »

Paul Léautaud, Le petit ami, p.211, Editions Gallimard/L’Imaginaire.


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Se plonger dans le grand tout…

8 01 2010

Octave Mirbeau

« L’été, la mode, ou le soin de sa santé, qui est aussi une mode, veut que l’on voyage. Quand on est un bourgeois cossu, bien obéissant, respectueux des usages mondains, il faut, à une certaine époque de l’année, quitter ses affaires, ses plaisirs, ses bonnes paresses, ses chères intimités, pour aller, sans trop savoir pourquoi, se plonger dans le grand tout. Selon le discret langage des journaux et des personnes distinguées qui les lisent, cela s’appelle un déplacement, terme moins poétique que voyage, et combien plus juste!… Certes, le coeur n’y est pas toujours, à se déplacer, on peut même dire qu’il n’y est presque jamais, mais on doit ce sacrifice à ses amis, à ses ennemis, à ses fournisseurs, à ses domestiques, vis-à-vis desquels il s’agit de tenir un rang prestigieux, car le voyage suppose de l’argent, et l’argent toutes les supériorités sociales.
  Donc, je voyage, ce qui m’ennuie prodigieusement, et je voyage dans les Pyrénées, ce qui change en torture particulière l’ennui général que j’ai de voyager. Ce que je leur reproche le plus aux Pyrénées, c’est d’être des montagnes… Or, les montagnes, dont je sens pourtant, aussi bien qu’un autre, la poésie énorme et farouche, symbolisent pour moi tout ce que l’univers peut contenir d’incurable tristesse, de noir découragement, d’atmosphère irrespirable et mortelle… J’admire leurs formes grandioses, et leur changeante lumière… Mais c’est l’âme de cela qui m’épouvante… Il me semble que les paysages de la mort, ça doit être des montagnes et des montagnes, comme celles que j’ai là, sous les yeux, en écrivant. C’est peut-être pour cela que tant de gens les aiment. 
  La particularité de cette ville où je suis, et dont l’excellent Baedecker, pince-sans-rire allemand, chante en des lyrismes extravagants « la sublime beauté idyllique », tient en ceci, qu’elle n’est pas une ville. En général, une ville se compose de rues, les rues de maisons, les maisons d’habitants. Or, à X…, il n’y a ni rues, ni maisons, ni habitants indigènes, il n’y a que des hôtels… soixante-quinze hôtels, énormes constructions, semblables à des casernes et à des asiles d’aliénés, qui s’allongent les uns les autres, indéfiniment, sur une seule ligne, au fond d’une gorge brumeuse et noire, où toussote et crachote sans cesse, ainsi qu’un petit vieillard bronchiteux, un petit torrent. Ça et là, quelques étalages installés au rez-de-chaussée des hôtels, boutiques de librairies, de cartes postales illustrées, de vues photographiques de cascades, de montagnes et de lacs, assortiments d’alpenstocks et de tout ce qu’il faut aux touristes. Puis, quelques villas, éparpillées sur les pentes… et, au fond d’un trou, l’établissement thermal qui date des Romains… ah! oui… des Romains!… Et c’est tout. En face de soi, la montagne haute et sombre; derrière soi, la montagne sombre et haute… À droite, la montagne, au pied de laquelle un lac dort; à gauche, la montagne toujours, et un autre lac encore… Et pas de ciel… jamais de ciel, au-dessus de soi! De gros  nuages qui traînent d’une montagne à l’autre leurs pesantes masses opaques et fuligineuses… […]»

Début de "Les 21 jours d’un neurasthénique", 1901, Octave Mirbeau.

Il est vraiment temps de redécouvrir cet écrivain… Nom de Dieu !


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Elle se payait les belles pièces…

7 01 2010

Monsieur Bob en pleine dégustation

« La mère à Riri a passé la sienne de vie à changer de coin, tout lui parlait trop, elle disait, ça lui filait le noir. Elle était vraiment marquée du signe indien, à chaque changement, à chaque triage elle était marron. Comme collection de tuiles, elle se payait les belles pièces, elle a dû se retirer en province, grillée partout.
Chaque après-midi, elle venait commencer son quart pas très loin de la porte Saint-Denis, son gosse Riri qui avait bien neuf ans, avec elle. C’est mon Julot à moi elle disait en rigolant. Elle amenait le môme qu’elle avait été prendre à la sortie de l’école où qu’il s’instruisait, et elle le planquait dans un petit bistrot.
Riri lui servait de coffre-fort, comme elle avait jamais été vernie, il lui arrivait de se faire piquer son fric par son client, alors à chaque passe, elle rappliquait au bistre et envoyait la comptée à Riri qui planquait le tout sur lui, un peu fiérot qu’il était. […] »

Robert Giraud, Le vin des rues, Editions Stock, 1955.


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Le tueur au Verbe…

3 01 2010

« Le 14 janvier 1933,

Monsieur,

Vous venez de si loin pour me tendre la main qu’il faudrait être bien sauvage pour ne pas être ému par votre lettre.

Que je vous exprime d’abord toute ma gratitude un peu émerveillée par un tel témoignage de bienveillance et de spirituelle sympathie.

Rien cependant ne nous rapproche, rien ne peut nous rapprocher ; vous appartenez à une autre espèce, vous voyez d’autres gens, vous entendez d’autres voix. Pour moi, simplet, Dieu c’est un truc pour penser mieux à soi-même et pour ne pas penser aux hommes, pour déserter en somme superbement.

Vous voyez combien je suis argileux et vulgaire !

Je suis écrasé par la vie, je veux qu’on le sache avant d’en crever, le reste je m’en fous, je n’ai que l’ambition d’une mort peu douloureuse mais bien lucide et tout le reste c’est du yoyo.

Bien sincèrement je vous prie,

Destouches Céline »

Lettre de Céline à François Mauriac, p.347, in Lettres, Bibliothèque de la Pléiade, (c)2009 Gallimard.


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Saigne du trou du cul…

20 12 2009

Bukowski '94

A Jon et Louise Webb
10 novembre 1963
«[…] N’ai pas écrit de poèmes ces derniers temps, quoique je pourrais vous en descendre quelques-uns et vous les envoyer avec cette lettre, mais j’en doute : il faut pour ça que je sois seul et la femelle vient juste de rentrer à la maison. […]
Et maintenant elle chante, « Il n’y a pas de Jésus-Christ sur la Croix
  et ça nous rend tristes… »
Elle invente tout le temps ce genre de chansons. Vous comprenez maintenant pourquoi je picole ?
Et maintenant elle se met à chanter, « Buk saigne du trou du cul,
  Buk saigne du trou du cul,
  et personne n’en a rien à
                      foutre
                         foutre
                            foutre… ! »
Vous comprenez maintenant pourquoi je bois ? Hein ? Vous comprenez ? Vous comprenez ?! […]» (Page 70)

Charles Bukowski, Correspondance 1958-1994, ©Editions Grasset. Trad. M.Hortemel


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Vous êtes une vérole…

10 12 2009

«[…] Il est même de première importance que le malade sache qu’il ne peut compter sur aucune consolation venant de ces vaches. La consolation, elle vient du ciel, ou de soi-même. Les infirmières font les piqûres, amènent les médicaments, à l’heure dite, un point c’est tout. Bien content quand elles ne se gourent pas. Ca m’est arrivé trois fois dans le mois.
Parfois on peut trouver un éclair de compréhension dans le fada qui lave le parquet ou les carreaux. L’interne, le chef de clinique, c’est comme les petites élèves ; vous ne comptez pas pour eux, vous êtes invisible, abstrait. Ce que vous êtes, c’est une vérole, un pneumo, une cirrhose, un néo, de l’œdème, un hémi-Parkinson. […]
Devant un lit, il [le grand patron d’un service hospitalier]  regarde le foie, le gésier, la radio du bonhomme mais le bonhomme lui-même, jamais. J’avais écrit dans mon journal : "On tirerait plus de fraternité humaine d’un SS conduisant des Juifs à la chambre à gaz que d’un patron suivi des ses élèves mis en présence d’un entrant." […]»

Albert Paraz, Le gala des vaches, 1948, Editions L’Age d’Homme.


Encore vrai aujourd’hui, je confirme !


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