Un grand moment de Cinéma

10 02 2010

"Louis-Ferdinand Céline a joué un rôle de figuration dans un film de l’entre-deux-guerres, "Tovaritch".
La rumeur, insistante, courait depuis des décennies : Louis-Ferdinand Céline aurait joué dans un film de l’entre-deux-guerres. Mais les recherches étaient restées vaines. Jusqu’à ces derniers jours, où, tard au Cinéma de Minuit sur France 3, un célinien physionomiste croit identifier l’auteur de Voyage au bout de la nuit dans Tovaritch, un film de Jacques Deval, sorti en 1935, qui met en scène un couple de riches Russes blancs déclassés par leur émigration à Paris. Identification confirmée par le Bulletin célinien (BP 70, 1000 Bruxelles 22, Belgique), qui révèle ce scoop dans son prochain numéro: c’est bien Céline qui apparaît quelques secondes dans l’une des premières scènes du film, où on le voit sortir d’une épicerie.

Jacques Deval, célèbre auteur de théâtre des années trente, un temps installé aux Etats-Unis, était un grand ami de Céline, lequel habitera chez lui à Beverly Hills, en 1934, à l’époque où il tentait de faire adapter le Voyage par Hollywood. Cette apparition à l’écran est donc un clin d’oeil amical.
"Ce document est d’autant plus précieux qu’il s’agit du seul film montrant Céline avant-guerre", souligne Marc Laudelout, directeur du Bulletin célinien (qui publie également dans le même numéro une passionnante interview de Tardi). En effet, si l’on connaissait le vieux Céline, en clochard des lettres, par ses prestations télévisées des années cinquante, on n’avait jamais encore eu l’occasion de voir "bouger" le fringant auteur d’avant-guerre, dont tous les amis évoquaient le charme et la prestance. C’est ce Céline-là que nous restitue, brièvement, cette figuration dans Tovaritch."

Source

Un Céline avec le sourire, c’est tellement rare !


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Céline en doc’

21 01 2010
"Un lieu, un destin…
Personnage ô combien, et à raison, controversé et dérangeant, Céline est malgré tout un talent des Hauts‑de‑Seine. Courbevoie où il naît, Clichy où il exerce, Meudon où il se réfugie et meurt. Ce film nous le montre tel qu’il est, entre génie et folie, grâce à des témoignages de valeur, des entretiens télévisés avec Louis Pauwels ou Pierre Dumayet, des photos de Doisneau et Cartier‑Bresson."
Sources : ICI & ICI.
Pour une fois que l’administration culturelle publique fait quelque chose de bien et de beau, il faut le dire…

Céline à Meudon


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Céline en spectacle

20 01 2010

"Nuit d’Amérique"

(d’après les chapitres américains du "Voyage au bout de la nuit" de L. F. Céline)

Théâtre du temps, 9 rue du Morvan, Paris. Métro Voltaire.

Du 17 au 28 février 2010.
20h30 / 17h dimanche.

Synopsis : Bardamu débarque pauvre et fiévreux au pays du travail à la chaîne et du dieu Dollar.
Version scénique / Mise en scène : Julien Bal
Avec : Guillaume Paulette ( Bardamu)
Valentina Sanges (Molly)
Giulio Serafini (Le groom, le joueur de Base Ball qui danse au bordel)
Julien Ratel (Flora, l’infirmier, Bébert)
Renaud Amalbert (Pierrot)
David Augerot (Marcel, Robinson)
Musique : Paul Anka
Lumières : Renaud Amalbert
décor : Lightcorner

Informations : chromoscompagnie ( at ) yahoo.fr
01 43 55 10 88

Notes de mise en scène, extrait :

… Pour raconter la coulée de Bardamu aux US, nous refusions d’emblée tout théâtre de narration, du souvenir par la voix, du sommeil. Nous voulions faire de ce texte du désarroi un théâtre de la joie et du nerf. Il fallait alors injecter dans les dialogues certains passages narratifs, faire de ce roman une suite d’échanges, traduire ces chapitres en théâtre. Si toute traduction est une négociation serrée entre l’oeuvre de départ et la langue d’atterrissage, nous avons joué de cet espace trouble qui parfois s’annule, parfois s’ouvre, entre le Bardamu secret de l’oeuvre et le Bardamu qui sait dire dans l’instant ce qu’il ressent du monde.
De cet effort est né notre second spectacle Célinien (Après les "Entretiens avec le Professeur Y." en 2007) "Nuit d’Amérique".
Une troisième version scénique, dans un an, fermera ce cycle "New-York, Detroit, Meudon" par des instants d’ "Un Château l’autre".
Ici, en cette "Nuit d’Amérique", des figures perturbent le parcours de Bardamu (Molly, Pierrot, Robinson, Marcel et Flora (l’Eglise), Lola, L’infirmier, le groom, le joueur de Base Ball).
La nuit, les fantômes rendent hommage au rien du tout de derrière le ciel, Molly console Bardamu qui fuira un dimanche (un gloomy sunday).
Nous le retrouvons, le Ferdine, pour finir, à Meudon, vers 1950, au lendemain du décès de Madame Bérenge. Et puis voilà. Et puis tant pis…


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Le tueur au Verbe…

3 01 2010

« Le 14 janvier 1933,

Monsieur,

Vous venez de si loin pour me tendre la main qu’il faudrait être bien sauvage pour ne pas être ému par votre lettre.

Que je vous exprime d’abord toute ma gratitude un peu émerveillée par un tel témoignage de bienveillance et de spirituelle sympathie.

Rien cependant ne nous rapproche, rien ne peut nous rapprocher ; vous appartenez à une autre espèce, vous voyez d’autres gens, vous entendez d’autres voix. Pour moi, simplet, Dieu c’est un truc pour penser mieux à soi-même et pour ne pas penser aux hommes, pour déserter en somme superbement.

Vous voyez combien je suis argileux et vulgaire !

Je suis écrasé par la vie, je veux qu’on le sache avant d’en crever, le reste je m’en fous, je n’ai que l’ambition d’une mort peu douloureuse mais bien lucide et tout le reste c’est du yoyo.

Bien sincèrement je vous prie,

Destouches Céline »

Lettre de Céline à François Mauriac, p.347, in Lettres, Bibliothèque de la Pléiade, (c)2009 Gallimard.


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Céline - Emile Brami

15 12 2009

Présentation de l’éditeur :
("Je ne suis pas assez méchant pour me donner en exemple…")
Finira-t-on jamais de prendre parti "pour ou contre" Céline ? Lui-même n’a jamais su s’il devait se flageller ou se louer d’avoir répandu la peste et semé la discorde dans nos Lettres. "Si jamais je m’en sors, disait-il, je m’installerai dans une vitrine de la salle des pas - perdus de la gare Saint -Lazare, avec un écriteau disant simplement : "Le Con" ! ". Celui qu’André Gide appelait le "maboul" s’en est plutôt bien sorti, mais au prix d’une notoriété de Diogène infréquentable, d’imprécateur furieux et de fabulateur. On en oublierait presque l’écrivain, qui n’a pas d’équivalent, et le style, sans lequel il n’y aurait pas de scandale. Sa noirceur est si dense qu’on néglige l’humoriste. Seul demeure l’épouvantail, grimaçant à la postérité. Le Céline d’Emile Brami n’est pas un "autre" Céline. C’est Céline tel qu’en lui-même, raconté par ceux qui l’ont connu, par ses romans, par ses pamphlets, par ses lettres, par ses lecteurs. De sa mort en 1961 à sa naissance en 1894, à l’aide de témoignages et de textes rares ou inédits, Emile Brami brosse un Céline à rebours du temps et des lieux communs, tour à tour génial, pitoyable ou hideux Dr Destouches et M. Céline, ange et démon de notre littérature
Emile Brami, né en 1950, a découvert Céline à l’âge de dix-sept ans. Aujourd’hui, sa librairie parisienne, presque entièrement consacrée à l’auteur du Voyage au bout de la nuit, est un des hauts lieux de la Célinie. Ecrivain, il est l’auteur de deux romans, Histoire de la poupée et Art brut, parus aux éditions Ecriture. Pour les besoins de ce livre, il a interviewé vingt témoins, parmi les derniers à avoir connu Céline.

Extrait de l’avant-propos :
"Il ne s’agit ni d’un exercice d’admiration béate – je ne suis l’inconditionnel de personne et, si l’écrivain me touche au plus profond, je reste réservé sur l’homme –, ni d’un essai – aucune thèse n’est défendue ici –, ni d’un portrait – il en existe d’excellents, Céline lui-même s’étant dépeint mieux que personne dans sa pièce L’Église : "Bardamu, docteur en médecine, Français […], intelligent… artiste, scientifiquement médiocre, administrativement nul, individualiste, peu recommandable." Bien plus tard, dans son témoignage pour les Cahiers de l’Herne, Marcel Brochard, son ami des années rennaises, se souviendra d’un homme "effarant de curiosité, versatile, blagueur, grossier, irritable, mythomane et génial !".
Faute de mieux, j’ai choisi d’appeler ce texte "promenade" ; j’aurais préféré "balade", mais la confusion était possible avec "ballade" qui a un autre sens en littérature. Une promenade, donc, le nez en l’air, avec quelques détours qui, s’ils peuvent paraître inutiles, sont bien agréables, et des raccourcis où l’on se perd. À travers un mélange de lectures désordonnées, rien d’autre que le regard subjectif d’un dilettante sur une époque, une vie, une œuvre.
Pour être honnête, il me faut avouer que, comme les bersagliers, j’arrive après la bataille. Michel Cournot a écrit une vie de Céline définitive. Ramassée, pertinente, d’une minutieuse précision : "Guérisseur français, Céline a inventé Hitler, la prose à décollage vertical, la querelle sino-soviétique et le dialogue à cyclotrons. N’ayant pu empêcher son disciple Henry Miller de piquer la bombe atomique aux Allemands qui n’osaient pas s’en servir, Céline se retrouva dans le mauvais gang, et fut déporté à Vitebsk par le patriote Ludwig Aragon. Il n’en profita pas pour s’embourgeoiser, comme Giono et Montherlant. Écrivain plutôt libéral, Céline a surtout écrit l’œuvre complète de Jean-Paul Sartre, excepté Les Mots qui sont un posthume de Flaubert enfant. Ayant découvert que la littérature est, au vingtième siècle, une survivance, Céline fit le mort, disparut. Il est aujourd’hui, par pure méchanceté, pilote dans l’aviation nord-vietnamienne, à bord d’un sabre supersonique offert par son rédempteur, M. Jean Paulhan." Outre sa qualité, cette biographie pose le problème de la méchanceté de Céline, et donc du titre de notre "promenade".
" Je ne suis pas assez méchant pour me donner en exemple ", extrait d’une lettre du 3 octobre 1932 adressée à sa maîtresse Cillie Pam, me semble, avec l’ironie propre au personnage, approcher si possible l’opaque, l’insaisissable Louis-Ferdinand qui, aux dernières nouvelles, aurait abandonné son avion de chasse démodé pour se transformer en virus épidémique, pernicieux, infectant la majeure partie du journalisme et du roman français d’aujourd’hui.

Une passionnante biographie à rebours de Céline (de sa mort à sa naissance) où Emile Brami, en documentaliste chevronné, a compulsé une somme, un kaléidoscope  de citations de Céline et des différents protagonistes qui ont croisés sa route tout au long de sa vie, tout en les replaçant dans leur contexte. Les invectives de Céline, savoureuses, terribles mais souvent drôles, parsèment cette promenade.
Gide qui surnommé Céline : « Le maboul »,  était très loin du compte. Jamais 22 euros n’auront été aussi bien dépensés. Une référence.

Editions  Ecriture (2003) - 429 pages


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Céline au théâtre…

20 11 2009

Chromos compagnie présente "Nuit d’Amérique"
d’après les chapitres américains du "Voyage au bout de la nuit" de L-F Céline.

Du 17 février au 28 février 2010. 20h30 du mercredi au samedi. 17h00 dimanche. 16/12/10/8 €
Théâtre du temps, 9 rue du Morvan, 75011, Paris, Métro Voltaire. 01 43 55 10 88.

Mise en scène : Julien Bal
Avec : Valentina Sanges, Guillaume Paulette, Clément Carabédian, Julien Ratel, Giulio Serafini, Renaud Amalbert.

"Bardamu débarque pauvre et fiévreux au pays du travail à la chaîne et du dieu Dollar…"


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Sans blablas !

19 07 2009

Klarskovgaard Le 17 janvier 1951,
« […] Quant au sexe, mon dieu je l’ai trop en mépris vieux maquereau que je suis pour le lyriser, déifier comme ce brave confrère ! La reproduction seule me paraît grave : fabriquer un nouveau destin ! Oh là ça c’est terrible. Mais l’intromission d’un bout de barbaque dans un pertuis de barbaque j’ai jamais vu là que du grotesque, et cette gymnastique d’amour ! cette minuscule épilepsie ? Quels flaflas ! Je suis [pour] avec Lénine. C’est un bon choc biologique, mais pas chez le tuberculeux – certainement – assez fébricitant ainsi – C’est du petit suicide. Le mec qui bande pour moi tu vois, c’est un client. Son chou-fleur à deux mains qu’attend qu’on lui raconte une histoire ! l’a ! l’amour ! Pas plus con ! Le vagin tabernacle ! Ils m’écœurent ! Pas que je méprise la beauté des dames retiens ! de loin ! Je suis de la cuisse comme pas ! Grec (pas homo !) adulateur des Dianes ! fétichiste des danseuses ! Mais c’est le sentiment là-dedans que je trouve l’ignoble mélange ! pas à sa place du tout ! ah païen ! je mélange pas. Le coup de filer ses 10 cc de sperme dans une moule je vois pas la Prière ! le grave : le môme ! cela seul est grave – le reste c’est juste cochon – Pourquoi pas certes ! Mais sans blablas ! […] »

Céline, Lettres à Albert Paraz, 1947-1957, Nouvelle édition, p.340, ©Gallimard 2009.


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C’est tout du fumier et consorts…

21 06 2009

« C’est drôle à présent c’est la mode d’accabler en tout les civils, c’est les puants, c’est les galeux, c’est eux les infects responsables, les lâches charognards de débâcle. C’est eux, c’est eux, c’est rien que leur pied. Qu’ils s’expliquent un peu ! qu’ils se disculpent ! Pourquoi ils ont eu peur comme ça ?… Pourquoi ils furent pas héroïque ?…
Faudrait peut-être d’abord s’entendre… Qui c’est qui doit défendre la France ? les civils ou les militaires ? Les tanks 20 tonnes ou les vieillards ? Les tordus, les gnières en bas âges, les lardons morveux, les prudents affectés spéciaux, ou les régiments mitrailleurs ? Ah ! C’est pas bien net dans les propos… On arrive pas à bien comprendre. Y a de la confusion, de l’équivoque, on dit pas toute la vérité…
Elle coûtait cher l’Armée Française, 400 milliards pour se sauver, 8 mois de belotes, un mois de déroute… Des impôts en n’en plus finir… Ils ont eu raison les civils de se tailler par tous les moyens. Ils ne voulaient pas mourir non plus. Ils avaient rien à faire en ligne qu’à encombrer les batailles, si bataille il y avait eu… C’était aux militaires d’y être, de ralentir l’envahisseur, de rester mourir là, sur place, la poitrine cambrée face aux Huns, et pas le derrière en escampette. Si ils avaient été moins vite, y aurait eu moins d’embouteillage. On peut comprendre ces choses-là sans passer par l’École de Guerre. L’Armée qui fuit c’est pas convenable, ça propage des vents de panique. De Meuse à Loire c’était qu’un pouet, une foire unanime. Qui qu’a fait la plus grosse diarrhée ? les civils ou les militaires ? C’est pas une raison de pavoiser, d’afficher des souverains mépris, Scipion merde-au-cul-s’en-va-juge ? C’est tout le monde qu’a été malade, malade de bidon, de la jactance, malade de la peur de mourir. Les partout monuments aux morts on fait beaucoup de tort à la guerre. Tout un pays devenu cabot, jocrisses-paysans, tartufes-tanks, qui voulait pas mourir en scène. Au flan oui ! pour reluire ? présent ! Exécuter ?… ! Maldonne !…
Toutes les danseuses qui ratent leurs danses prétendent que c’est leur tutu. Tous les militaires qui flageolent gueulent partout qu’ils sont trop trahis. C’est le coeur qui trahit là de même, c’est jamais que lui qui trahit l’homme. Ils voulaient bien tous jouer la pièce, passer sous les Arcs de Brandebourg, se faire porter dans les Triomphes, couper les bacchantes du vilain, mais pas crever pour la Nation. Ils la connaissent bien la Nation. C’est tout du fumier et consorts. C’est tout des ennemis personnels ! Pardon alors et l’après-guerre ? Qui va en jouir si ce n’est pas nous ? Les canailles démerdes ! Y a que les cons qui clabent ! L’après-guerre c’est le moment le meilleur ! Tout le monde veut en être ! Personne veut du sacrifice. Tout le monde veut du bénéfice. Nougat cent pour cent. Bien sûr y a eu des morts quand même ! des vraies victimes de l’imprudence. C’est rien à côté des millions, des absolus martyrs de l’autre, les calanchés du coeur nature, ceux de 14 à 18. Merde ! On peut dire qu’on les a eus ! Même les carcans de la foutue cerise qu’on peut regretter, honteux de tout, 800 000 qu’on en a butés. »

Louis-Ferdinand Céline, Les Beaux Draps, 1941.


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On serait pépères, dans la bonne vie…

25 04 2009

«[…] Comme c’est vilain les hypocrites ! Pourquoi ils disent les Français qu’ils ont pas voulu la guerre ? Ils l’ont bel et bien voulue. Ils ont tous été derrière Daladier au moment de la Déclaration, tout autant que derrière Clemenceau, et puis après derrière Mandel et puis encore derrière Reynaud et puis derrière n’importe qui !… Cocorico ! 800 000 affectés spéciaux ! Et tous les écrivains avec ! et tous les journalistes avec ! Voici la simple vérité.
Ils en voulaient pas de la guerre ? C’était bien simple, bien facile, ils avaient qu’à écrire une lettre chacun à leur député, qu’ils en voulaient pas de cette guerre, qu’ils en voulaient à aucun prix, sauf “casus belli” par l’Allemagne. Jamais on l’aurait déclarée.
Ça leur coûtait chacun un franc. C’était vraiment de la bonne dépense et de la bonne démocratie. Je crois qu’on l’a sentie venir cette guerre, qu’on a été des plus prévenus, cent fois, mille fois plus qu’en 14 ! en toute connaissance de la cause ! À l’heure actuelle on serait pépères, dans la bonne vie, heureux et tout. La connerie a été donc faite, sciemment, délibérément, par une bande de cons.
On aurait pas eu de prisonniers. On serait derrière notre belle armée, toujours redoutée, redoutable, derrière notre la Maginot intacte, on attendrait de faire les arbitres, on serait les caïds de l’Europe, adulés, respectés, pelotés, tout. […]»

Louis-Ferdinand Céline, Les Beaux Draps, 1941.


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Je donnerais tout Baudelaire…

22 01 2009


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Au théâtre, ce soir…

13 01 2009

1955, Louis-Ferdinand Céline imagine son impossible « interviouve » qui glisse doucement vers le délire.
Une réflexion rare sur l’écriture, le marché, la guerre, l’argot, les gens…

Un spectacle à l’image de Céline : brutal, drôle et profond.

Entretiens avec le Professeur Y par la Chromos compagnie

Théâtre du Temps - du 4 au 8 février 2009.

Mise en scène / Céline : Julien Bal
Le professeur Y. : Sébastien Durand
Espace / construction : Paul Mouchet

Durée : 1h10


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Féerie pour une autre fois I & II - Louis-Ferdinand Céline

16 12 2008

Présentation de l’éditeur :
" Voici Clémence Arlon. Nous avons le même âge, à peu près… Quelle drôle de visite ! En ce moment… Non, ce n’est pas drôle… Elle est venue malgré les alertes, les pannes de métro, les rues barrées… et de si loin !… de Vanves… Clémence vient presque jamais me voir… son mari non plus, Marcel… elle est pas venue seule, son fils l’accompagne, Pierre… Elle est assise, là, devant ma table, son fils reste debout, le dos au mur. Il préfère me regarder de biais. C’est une visite embarassée… "
Dans ce roman publié en 1952 par Gallimard, Louis-Ferdinand Céline retrace les tout derniers mois de l’occupation allemande en France et sa terrible détention au Danemark.

Ce livre se décompose en 2 parties. Dans la première, Féerie pour une autre fois I, Céline expose son isolement dans sa prison au Danemark,  sa solitude, sa maladie « du cul », les problèmes avec ses « co-détenus », les « hurleurs » qui l’empêchent de se reposer. Tout cela entrecoupé de ses hallucinations, de sa paranoïa galopante, de ses délires de persécutions habituels. Puis suit une description de l’ambiance de la Butte Montmartre des années 40 avec sa rencontre avec Jules (inspiré par Gen Paul), personnage haut en couleur, artiste peintre/sculpteur « obsédé » par la gente féminine, complètement « halluciné » par Céline. Dans la seconde partie, Féerie pour une autre fois II (ou Normance), le « scénario » tient sur un timbre-poste : Paris subi un bombardement en 44, Paris est à feu et à sang, l’immeuble, où se trouve Céline, Lili sa femme et le chat Bébert, menace de s’effondrer d’une minute à l’autre ; ils essayent d’en sortir avec les autres habitants (en descendant l’escalier). Cette seule nuit de bombardement est décrite sur près de 400 pages ; l’action quasiment nulle est soutenue par les délires, les hallucinations, les exagérations et le style de Céline. J’avais toujours lu que c’était (Normance) le livre le plus difficile à lire de Céline (car soutenu QUE par le style) ; eh bien, j’ai englouti sans trop de difficulté ces 400 pages de purs délires céliniens, mais ai moins aimé la première partie (Féerie pour une autre fois I), que j’ai trouvé bizarrement plus confuse. Roman(s) pour célinien (« célinophile » ?!) averti !
A noter : Emile Brami défend la « thèse » que les jurons du Capitaine Haddock (Céline, Hergé et l’affaire Haddock, Éditions Écriture) serraient inspirés des insultes de Céline, serraient d’origine célinienne ; en lisant Féerie, il est très facile de trouver cela pertinent…

«[…] Il [Marc Empième] est bien plus malade que moi et il produit comme un Homère ! Moi mes maux de tête, mes insomnies me sonnent, annihilent, lui moins il dort plus il chef-d’œuvre ! […]» p.42

« La vie c’est des répétitions, jusqu’à la mort » p.48

«[…] Vous me faites chier avec Brasillach ! Il a pas eu le temps de s’enrhumer, ils l’ont fusillé à chaud ! […]» p.76

« L’histoire c’est la mémoire des faits ! » p.77

«[…] la rose est bien la fleur suprême… corbeilles, cinq à sept, couronnes, vous y coupez pas !… du berceau au Profundis la rose répond du Ciel pour vous… C’est pas à discuter, mignards, grelotteux, momies !… où y a les plus belles roses on va, on vient, on aime, on défunt… […]» p.87

«[…]
- Oh, cancer ! cancer !
Ils voulaient m’éprouver le moral !
Ni une ni deux ! mon doigt dans le cul ! je prélève ! je leur en barbouille le nez !
- Cancer ça ? polissons ! ânons ! l’odeur ? l’odeur ? sui generis ? pellagre ! corniflots ! pellagre !
Voilà l’enseignement ! » p.102

«[…] c’est des filigranes la vie, ce qu’est écrit net c’est pas grand-chose, c’est la transparence qui compte… la dentelle du Temps comme on dit… la « blonde » en somme, la blonde vous savez ? dentelle fine si fine ! au fuseau, si sensible, vous y touchez, arrachez tout !… pas réparable… la jeunesse voilà !… myosotis, géraniums, un banc, c’est fini… envolez piafs !… dentelle si fine… » p.113

«[…] le Cinéma ? (…) Tout-film  achève ! Cerveaux, porte-monnaie !… L’hypnotiseur des cavernes !… tiédeur, moiteur, peluche, branlette, orgues, ors !… La concurrence ! Vous, votre pensum, vous arrivez ! bonne mine ! Regardez clients et clientes emmoités, émerger chancelants blets des Antres, plus reconnaissant nord de sud ! de l’ouest ! se trompant de tout !… réverbères !… métros !… pantalons, jupons !…. tâtonnant ! quartiers !… sexes !… étages !… la tête pour leur derrière !… ils veulent plus que retourner s’asseoir… Ah ! mûrir encore ! bléchir plus ! blets, plus blets !… s’oublier sous eux… mûrir ! fondre… ils coulent déjà  plein les tapis… […]» p.118

«[…] l’âme humaine est pleine de poisons mal distillés… d’où toutes ces pensées encrassées… […]» p.223

«[…] C’est la vie un jus d’orange quand vous pesez plus trente kilos ! […]» p.224-225

«[…] Quand je me finirai je vais vous dire : c’est en pensant aux animaux, pas aux hommes ! (…) Je veux pas que la mort me vienne des hommes, ils mentent trop ! ils me donneraient pas l’Infini ! » p.226-227

« Je récapitule… je condense… c’est le style Digest… les gens ont que le temps de lire trente pages… il paraît ! au plus !… c’est l’exigence ! ils déconnent seize heures sur vingt-quatre, ils dorment, ils coïtent le reste, comment auraient-ils le temps de lire cent pages ? et de faire caca, j’oublie ! en plus ! […]» p.229

«[…] les touristes voient rien… croient rien… pensent rien… Ils descendent des autocars ils boivent ils remontent… « Au revoir ! monsieur ! » Les femmes qu’on viole agoniques enchaînées ligotées, les touristes les voient jamais !… C’est pourtant trois mille ans d’Histoire !… C’est un paradis le Tourisme !… » p.235

«[…] y a un paradis pour charognes aussi bien sur la terre qu’au ciel… ça meurt pas vraiment la voyoute, la saloperie, la vraie abjecte, ça passe d’un paradis à l’autre, avec fortune, boniches, autos… ça prend juste son joli billet, et youst ! absolutionnée et salut ! Ça vous chie les doigts !… c’est né pour couper aux Enfers, celui de ce monde, celui d’après… ça fait que jouir et pleurnicher… tout afur ! jamais paumé !… à la  vôtre ! bonne vôtre ! sans rancune ! on comprend trop tard… […]» p.297

«[…] question des hommes et des femmes y a que les malades qui m’intéressent… les autres, debout, ils sont tout vices et méchancetés… je fous pas mon nez dans leurs manèges… la preuve : comme ils arrangent leur cirque que c’est plus habitable, vivable, par terre, en l’air, ou dans le couloir ! encore en plus qu’ils parlent d’amour, en vers, en prose, et en musique, qu’ils arrêtent pas ! culot ! et qu’ils engendrent ! acharnés fournisseurs d’Enfer ! et péroreurs ! et que ça finit pas de promettre !… et que ça s’enorgueillit du tout ! et bave et pavane ! Y a que couchés, crevants et malades qu’ils perdent un peu leur vice d’être hommes, qu’ils redeviennent pauvres animaux, qu’ils sont possibles à approcher… […]» p.309-310

« C’est le Devoir la boussole de l’homme ! qui l’empêche de déconner… […]» p.343

« Quand on se retrouvera tous dans le trou, dans le fond d’un vide, avec des pieds dépareillés, les têtes des uns, les burnes des autres, que la Butte sera en creux de cratère… tous sous l’effondrement du Tertre, alors y aura plus d’histoires, on verra qui c’est planqué, qu’a eu des réserves de tomates, d’ananas, de gniole, d’anisette, et la peau de Bébert !  (…) l’amour et l’horreur c’est pareil… un point ça va… ça dure, c’est trop !… […]» p.403

«[…] Le monde est une boule à mirages qui dansotte sur la mauvaise foi, comme l’œuf à la foire, au tir… pensez si c’est le système fragile ! s’il faut prendre tel jet… pas tel autre ! y a mauvaise foi et mauvaise foi ! […]» p.405

« J’accepte vos critiques, vos insultes, mais à la condition expresse que vous soyez pas de ces gens qu’empruntent, resquillent, parpillent les livres ! peste de l’espèce ! si vous l’avez foiredempoigné au « prêtez-le-moi-je-vous-le-rendrai » ça serait mieux de vous taire… bien sûr, les mœurs sont avec vous !…on peut affirmer tranquillement qu’un livre ça s’achète plus, ça se vole… c’est même une sorte de « point d’honneur » de plus jamais acheter un livre. Pas un sur vingt qui vous a lu qui vous a payé ! c’est pas triste ? allez demander question jambon si une tranche peut faire vingt personnes ? si un fauteuil au cinéma tient quarante fesses ?… bonjour à vous, pauvre pillé ! écrivaineux ! encore le pire du pire peut-être c’est le mépris qu’ils ont que c’est gratuit !… la façon qu’ils abîment votre œuvre, la détestent, s’en torchent, comprennent balle, sautent fourguer ce qu’il en reste au Quai… vous me direz : y a un remède ! y a qu’à noyer les prêteurs ! emprunteurs avec ! que ceux qu’ont douillé grimacent !… soit ! l’épicier trouve tout naturel qu’on lui chine un peu son hareng… mais allez lui secouer ? la Police !… moi là, que j’aille débagouler, clowner pour rien, c’est pas l’horreur ? qu’ai tant payé !… de penser qu’on m’artiche, je blêmis, je suffoque pire qu’entre les poignes de l’ogre !… je coagule sang cœur nerfs… pire que Delphine !… je perds connaissance le mec qui s’amène : Prêtez-le-moi !… et encore tenez ! regardez ! la chaleur du récit m’emporte ! je vous file cette digression pour rien ! de la philosophie !… je vous la donne ! Muse dilapideuse salope, marre ! » p.430-431

«[…] du temps de ma grand-mère, le faux avait une odeur, maintenant il sent plus !… si il avait encore l’odeur faudrait fermer tous les Musées !… » p.441

«[…] y a pas de justice ici sur terre, y a que des comploteries… des bourbes de vices… […]» p.452

«[…] que j’étais un sale pornographe… libidineux en plus de traître, le plus outrageant du siècle !… à faire rougir les pissotières ! qu’il fallait nettoyer la France et la langue française d’un sexographe démoralisateur, dégrammeur pareil qui souillait la Patrie sacrée et son patrimoine littéraire !… que jamais ça serait plus la France si on égorgeait pas ce porc ! moi, le porc ! […]» p.538-539

«[…] c’est comme ça les catastrophes… tout vrai d’un côté, tout faux de l’autre !… […]» p.568

« On peut pas prévoir la foudre !… elle épargne ci ! volatilise là !… un mètre de plus, un mètre de moins, vous êtes envoyé aux Ethers ou il vous reste cinquante ans de bon, cinquante ans à vous rendre à Lourdes beugler miracle, racheter les bouts de cierges, les faire fondre, les offrir comme neufs, rebeugler… y a des mètres qui sont bénis, même des centimètres !… des millimètres qui valent des vies !…les friponneries de l’écorce terrestre sont pas à croire ! […]» p.580-581

«[…] Taisez-vous vieille peau ! ridée infection !… (…) trusteuse accapareuse salope ! (…) pourrie de pisse puante ammoniacale ivrognesse mouchardeuse voleuse ratonne provocatrice pire que tout !… […]» p.600

«[…] Epoustoufleur à bonniches […]» p.603

«[…] il a payé ses «phénomènes» Pline l’Ancien !… moi aussi j’ai payé un peu… y a que ce qu’est payé qui compte !… gratuit, c’est « Jean-Foutre Cie ! » blablateurs, charlatans, la clique !… aux chiots ! tous ! aux chiots !… pas écoutables !… une bande de pets !… je dis !… je dis !… […]» p.611

Autre citation ICI.

Editions  Gallimard / Folio - 633 pages


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L.-F. Céline et Arletty…

28 11 2008

 

… et le perroquet Toto.

L.-F. Céline et Arletty


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Avocats

31 10 2008

« Rigolos au salon, sinistres à l’aube, inutiles à l’audience. » (A Marie Canavaggia , 14 octobre 1949.)

Cité dans Dictionnaire Céline, Philippe Alméras, ©Plon 2004.

 

 

 

 

 


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